Mercredi 25 novembre 2009

Le téléfilm diffusé hier soir par France 2, et qui s’inspirait à la fois de l’affaire Gabrielle Russier et du film d’André Cayatte, était loin d’être satisfaisant. Et cela, pour deux raisons au moins. Mais d’abord, les points positifs, concernant l’interprétation.

Si Muriel Robin est plausible en dépit du fait que son personnage se laisse séduire un peu vite, son jeune partenaire surprend d’abord, mais ensuite se révèle assez convaincant. Et la réalisation est plutôt soignée : l’accessoiriste n’a commis aucune faute, et l’époque, 1980-1981, est parfaitement reconstituée... même si elle ne correspond pas aux faits réels, qui se sont produits bien plus tôt.

Et c’est justement sur cette question de temps que le bât blesse. En effet, on a déplacé l’affaire, sans raison apparente, de 1968-1969 à 1980-1981. Or, après justement l’éclatement de la véritable affaire Russier et la déclaration de Pompidou, président de la République, trois semaines après le suicide de la malheureuse, la mentalité a changé, en France, et on peut douter que, douze ans plus tard, cette femme eût été poursuivie pour détournement de mineur ! D’autant plus que Giscard avait fait rabaisser l’âge de la majorité civile (pas la majorité sexuelle, je le sais, mais les deux notions ne sont pas sans lien) de vingt-et-un à dix-huit ans. Le couple Rossi, dépositaire de la plainte, aurait sombré dans le ridicule, et on peut douter que le procès, et surtout l’appel a minima du Parquet après une première condamnation « trop légère » de madame Russier, aurait eu lieu, en 1981.

Autre bévue scénaristique, on a distendu au-delà du raisonnable la différence d’âge entre Gabrielle et son jeune amant Christian Rossi. Dans la réalité, elle avait trente-deux ans, et lui dix-sept ans et demi (et non pas seize, comme l’affirme Wikipedia). Il était en terminale, et non pas en seconde, et, d’allure très adulte, portait la barbe. Rien à voir avec le couple du téléfilm, avec ce garçon de moins de seize ans et cette femme qui avait « presque le triple de son âge », comme le dit le dialogue. En somme, la différence d’âge a été doublée, et l’idylle apparaît beaucoup moins plausible.

Et puis, Muriel Robin ne fait qu’une nuit de prison (à titre d’intimidation, prétend le juge d’instruction !), n’est menacée d’aucun procès, et se suicide, en somme, sans raison...

Par Yves-André Samère - Publié dans : Télévision
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Mardi 24 novembre 2009

Après une carrière dans le football du genre triomphal, Éric Cantona, inclassable, s’est reconverti comme comédien occasionnel, pour se reposer de la peinture et de la philosophie. Mais ce qu’on apprécie le plus chez lui, c’est son franc-parler. Ainsi, à propos de Raymond Domenech, l’entraîneur (les zozos disent « le coach ») de la prodigieuse équipe de France qui a si bien su mériter que l’équipe irlandaise soit éliminée de la sélection pour la prochaine Coupe du Monde de foot, le cher Cantona a déclaré que Domenech était « le plus mauvais entraîneur de football depuis Louis XVI ».

Sachant que Louis XVI n’a jamais été entraîneur de football – ou alors, on ne nous a pas tout dit –, il voulait sans doute dire « depuis l’époque de Louis XVI ». Mais peu importe, le cœur y était. On l’adore, Cantona.

Par Yves-André Samère - Publié dans : Humour
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Lundi 23 novembre 2009

Le français possède une foule de particularités qui constituent ce qu’on appelle « le génie de la langue ». Par exemple, les mots sont répartis en catégories – en vocabulaires, si vous préférez. Ainsi, nous avons le langage châtié, le langage académique, le langage courant, le langage familier, le langage vulgaire, le langage ordurier, et les divers argots. Et c’est un fait que l’anglais, par exemple, ne fait pas toutes ces distinctions. D’ailleurs, le Royaume-Uni, à ma connaissance, ne possède aucune académie qui soit chargée de réfléchir sur tout cela.

L’ennui, c’est que l’originalité de notre langue tend à s’estomper, si bien qu’aujourd’hui, beaucoup de gens confondent tout, mettant la totalité des mots dans le même sac. Il en résulte une confusion qui apprauvrit la langue : non pas sur le plan de la quantité, mais de la clarté. Or le français passe précisément pour une langue claire.

Ainsi, même chez les professionnels de l’écriture, et je pense aux journalistes, on ne sait littéralement plus faire la distinction entre le langage ordinaire et l’argot. Tendez l’oreille, écoutez les bulletins d’information à la radio et à la télévision : vous constaterez que les termes argotiques ont étendu leur empire bien au-delà de leur domaine originel. Ainsi, ce matin sur France Inter, une journaliste chargée de « couvrir » la capture de Treiber, le meurtrier (présumé, présumé, je sais...) de deux femmes, a employé trois fois le mot cavale en l’espace d’une seule minute. Cette dame ignore par conséquent que ce mot est purement argotique – tout comme planque, entendu dans le même journal –, et qu’on ne peut, sans apparaître comme inculte, s’en servir de manière aussi répétitive sans laisser entendre qu’on ignore qu’il existe d’autres façons de s’exprimer.

Par Yves-André Samère - Publié dans : Langue française
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Dimanche 22 novembre 2009

Elle est étrange, cette manière actuelle d’administrer les finances publiques de notre pays. Voyez l’emprunt, par exemple.

Habituellement, lorsqu’une personne ou un ménage décide d’emprunter, c’est toujours parce qu’il y a un projet à réaliser mais que l’argent manque. Cette décision prise, on calcule combien on devra emprunter. Enfin, on décide à qui on empruntera : aux parents, aux amis, à une banque. Vous voyez clairement que trois étapes sont inévitables : existence d’un projet, détermination de la somme à emprunter, choix du prêteur.

Mais le gouvernement français fait tout à l’envers. Sarkozy a d’abord décidé qu’on empruntera de l’argent, et que le prêteur sera l’ensemble des citoyens français. Puis il a nommé une commission pour savoir combien on empruntera. Enfin, on est en train de réfléchir à quoi servira cet argent. Au passage, soit dit en passant, cette originalité : en chemin, on a renoncé à emprunter aux Français eux-mêmes, parce que le taux d’intérêt auquel ils seraient en droit de s’attendre serait trop élevé, de sorte que, finalement, on s’adressera aux banques.

Si on plaçait les Monty Python à la tête du pays, on aurait le même style de gouvernement.

Par Yves-André Samère - Publié dans : Économie
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Samedi 21 novembre 2009

En Irlande, on ne dit plus « Thierry Henry ». On dit « Patrick Henry ».

Par Yves-André Samère - Publié dans : Actualité
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Samedi 21 novembre 2009

La manie commémorative, chez nous, fait des ravages, et il faudrait commencer à faire gaffe. Comme l’écrit Neal Stephenson dans un de ses romans, « la plupart des adeptes de commémorations sont des geignards. Ils pensent que tout le monde a mauvaise conscience à cause des holocaustes passés, que la nature humaine va se transformer comme par miracle, et que personne à l’avenir ne voudra plus commettre de génocides ».

Bien. Mais qu’au moins, si on commémore ceci ou cela, qu’on soigne les détails, et qu’on commence par ne pas se tromper bêtement sur la date de l’évènement commémoré. Ainsi, voilà moins de deux semaines, on commémorait la démolition du Mur de Berlin, rebaptisée « chute » par les pouvoirs médiatiques, lequels ignorent le sens des mots. Cette commémoration a eu lieu pour le vingtième anniversaire de la grande fiesta, dont je n’ai pas besoin de vous rappeler que Nicolas Sarkozy a donné le signal en arrivant à Berlin dès le matin du 9 novembre 1989. Or « Le Canard Enchaîné » de cette semaine révèle que le premier coup de pioche dans la muraille – censée protéger des miasmes de l’Ouest le paradis des prolétaires – n’avait été donné que dans la nuit du 9 au 10, très précisément à 1 heure 27. Or, à 1 heure 27, nous ne sommes plus le 9, mais le 10 !

C’est ballot. Pour respecter la vérité historique, il faudrait refaire, comme c’était la mission des archivistes de 1984, tous les articles de journaux publiés depuis. Sans compter qu’on devrait aussi modifier tous les enregistrements sonores de la totalité des journaux radio-télévisés sur deux décennies...

Mieux vaut donc ne rien changer. Oublions l’information, comme d’habitude, et restons-en à la version que tout le monde croit vraie.

Par Yves-André Samère - Publié dans : Histoire
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Vendredi 20 novembre 2009

À Thomas Legrand, chroniqueur politique et qui officie chaque jour ouvrable sur France Inter à 7 heures 43, on confierait volontiers une classe d’écoliers du primaire. Il saurait leur enseigner la morale et le civisme, et le ferait avec cette belle conviction qui lui vaut notre estime.

À Thomas Legrand, chroniqueur politique et qui officie chaque jour ouvrable sur France Inter à 7 heures 43, on ne confierait certainement pas une classe d’écoliers du primaire. Il ne saurait pas leur enseigner la langue française !

Ce matin en effet, il a parlé, à propos d’un match de foot qui remue beaucoup d’air depuis deux jours, d’une « soi-disante politique ». Horreur ! En trois mots, deux bourdes énormes.

D’abord, l’expression soi-disant signifie « qui se dit soi-même ». Elle ne peut donc s’appliquer qu’à une personne, pas à un objet ni à un concept abstrait. J’ai déjà évoqué le « soi-disant chèque » dont Georges Pompidou niait qu’il l’ait reçu, de la part d’une entreprise d’escrocs (la Garantie Foncière), pour financer sa campagne électorale – expression qui lui avait valu une remontrance du « Canard Enchaîné ».

Ensuite, l’expression soi-disant comprend un participe présent, celui du verbe dire, or les participes présents sont invariables. En aucun cas on ne peut donc la mettre au féminin. En une semaine, j’ai entendu cette faute deux fois sur notre radio préférée. Le langage se dégrade, c’est clair, comme disent les djeunz...

Par Yves-André Samère - Publié dans : Langue française
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Jeudi 19 novembre 2009

Je pense qu’on n’a jamais mieux exprimé l’indifférence à l’égard des pauvres et des sans voix que dans le dialogue écrit en 1949 par Graham Greene pour le film de Carol Reed Le troisième homme, tiré d’une nouvelle de Greene. Dans cette histoire, Harry Lime, parfaite ordure, a fait du trafic de pénicilline délayée, qu’il a revendue sous le manteau, ce qui a envoyé de nombreux enfants à l’hôpital, rendus infirmes par le traitement. Il s’en justifie ainsi auprès de son ami Holly, et, lui montrant les passants anonymes – et minuscules, vus du haut de la Grande Roue de Vienne –, lui demande : « Éprouverais-tu de la pitié si un de ces points cessait de bouger ? Si je t’offrais 20 000 livres pour chaque point immobilisé, refuserais-tu mon argent, ou compterais-tu le nombre de points à supprimer en fonction de tes besoins ? [...] Nul ne se soucie plus des individus. Les gouvernements non plus. Ils parlent du prolétariat. Moi, des gogos. »

Et, un peu plus tard, mais cette fois le dialogue a été écrit par Orson Welles, l’interprète du personnage : « L’Italie, sous les Borgia, a connu trente ans de terreur, de sang... mais ça a donné Michel-Ange, de Vinci et la Renaissance. La Suisse a connu la fraternité, cinq cents ans de démocratie et de paix. Ça a donné quoi ? La pendule à coucou ! »

(Bien entendu, Welles, homme de gauche, ne prenait pas cette opinion à son compte. C’est le personnage qui parle, pas l’acteur)

Par Yves-André Samère - Publié dans : Mœurs
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Mercredi 18 novembre 2009

Ah ! Il n’est pas du genre téméraire, not’ bon président. Et, en dépit de sa lointaine promesse macarthuro-schwarzeneggerienne (« Je reviendrai ! ») de faire prochainement, et même avant, une nouvelle visite sur la dalle d’Argenteuil, il a, en guise de banlieue, préféré s’en tenir à Neuilly. La province, alors ? Certes, il y va souvent, mais entouré de mille flics, et après avoir composé la foule applaudisseuse avec des éléments choisis – je veux dire, choisis dans son parti, l’UMP.

Bien. Les voyous de la banlieue, les péquenots de la province, ça c’est fait, comme disent les mauvais humoristes. Qu’est-ce que j’ai bien pu oublier ? s’est-il demandé. Bon sang mais c’est bien sûr ! Il restait les maires de France. Et dire qu’ils sont trente-sept mille, dont quelques-uns ont le mauvais goût d’appartenir à l’opposition. Or leur congrès, auquel il avait promis d’assister, tombait d’autant plus mal qu’on s’apprête à leur couper un peu les vivres en supprimant une taxe professionnelle qui garnissait bien leurs caisses. Danger !

N’écoutant que son courage qui ne lui disait rien, le chef de l’État que Dieu a donné à la France a trouvé LA solution : il s’est découvert une subite envie de voyager, pas n’importe où, non, mais dans le pays le plus attirant qui soit pour un démocrate, l’Arabie Saoudite. Ses porte-coton n’ont eu aucun mal à soutirer au roi de cette riante contrée une invitation pour quelques jours, ce qui n’a pas été difficile, le président français étant au mieux avec tout ce que la planète compte de milliardaires.

Et c’est ainsi que Fillon, Premier ministre, a hérité du cadeau : aller se faire siffler par les maires, y compris ceux de son parti. C’est grand.

Par Yves-André Samère - Publié dans : Absurdités
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Mercredi 18 novembre 2009

Lorsqu’un président de la République française quitte ses fonctions, il arrive, quoique rarement, que le Parlement décide de lui offrir en cadeau un appartement. Cela n’a pas pu se faire pour Georges Pompidou, qui est mort pendant son mandat, or la République n’avait aucune raison de faire cette faveur à se veuve, qui ne s’était pas spécialement distinguée dans le social.

Charles De Gaulle aurait pu bénéficier d’un tel cadeau : on lui offrait un appartement rue de la Comète, dans le quartier qui est aujourd’hui le plus cher de Paris, celui de Saint-Sulpice. Mais, fidèle à ses principes de ne rien accepter des autres, De Gaulle refusa.

On ne proposa rien à Giscard, qui, rappelons-le, avait quitté l’Élysée sous les huées de la foule massée dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Il n’aurait plus manqué qu’on fît un tel cadeau au seul président français qui ait jamais possédé un château, et même deux...

Mitterrand accepta. Il alla s’installer au troisième étage du 9, avenue Frédéric-Le Play. Il faut dire que, depuis longtemps, il ne partageait plus l’existence de sa femme, qui avait installé son propre amant au domicile conjugal du 22 rue de Bièvre avant l’élection de son mari à la présidence, réponse de la bergère au berger qui avait eu un enfant hors mariage (il fit mettre à la porte ce coucou dès qu’il fut élu). Mitterrand est donc mort à cet endroit.

Quel dommage que la République n’a pas songé à offrir un logement à Jacques Chirac ! Les Chirac furent logés toute leur vie dans des appartements de fonction (le plus magnifique fut celui de l’Hôtel de Ville de Paris, où ils s’attardèrent plus d’un an après l’élection de Jean Tiberi à la Mairie !), et n’ont jamais payés un loyer de toute leur existence. On ne change pas ses habitudes à leur âge, et ils sont hébergés aujourd’hui, sans la moindre gêne, par la famille libanaise Hariri.

On ignore encore si la République française jugera le bilan de Nicolas Sarkozy digne d’un don. Les paris sont ouverts. Lui, il accepterait, et ferait refaire la décoration à nos frais !

Par Yves-André Samère - Publié dans : Curiosités
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