Apprendre à nager en zéro leçon

Publié le par Yves-André Samère

Enfant, je me suis montré absolument réfractaire à l’apprentissage de la natation, bien que mes parents m’aient payé un professeur. Plus tard, des copains ont offert de me rendre ce service, mais aucun n’est arrivé à quoi que ce soit. J’aurais pu en conclure qu’il est aussi impossible à un être humain de nager, qu’à un avion de voler (vous savez bien, l’histoire du « plus lourd que l’air »). Mais comme, néanmoins, j’étais environné d’individus qui me ressemblaient assez ET parvenaient pourtant à nager, je me suis fait la réflexion que je pouvais y parvenir aussi, à la condition de me débrouiller seul.

Comme je suis du genre (détesté) à toujours raconter la fin, je vous raconte la fin : j’ai bel et bien appris à nager, et je suis même devenu moniteur de natation l’année suivante, en Espagne. Mais j’étais auparavant parvenu à cette conclusion, que tout ce qu’on avait tenté de m’enseigner à grands renforts de planches en liège et de bouées se révélait faux. Je ne mentionne même pas le fameux conseil donné par ces parents adeptes d’une éducation virile : jetez votre fils à l’eau et laissez-le se débrouiller. Je soupçonne ce conseil d’avoir été inspiré par des bourreaux dont le but était de noyer le plus possible d’enfants, ce que certes je peux comprendre, mais sans adhérer totalement à ce beau projet (après tout, sans les enfants chinois, comment auriez-vous ce magnifique smartphone dont il vous est impossible de vous passer ?).

Voici donc comment je m’y suis pris, et sans l’aide du moindre accessoire. Pour suivre mon exemple, évitez la mer et la rivière, sinon vous finirez à la page des faits-divers. Considérez plutôt que les piscines ne sont pas faites pour les caniches, et choisissez-en une qui ne soit pas trop fréquentée, ce qui exclut la piscine Molitor, qui de toute façon n’est pas dans vos moyens de prolo. Ne pensez pas non plus à la piscine Deligny, attendu qu’elle a coulé au fond de la Seine en juillet 1993 (je trouve ça rigolo, une piscine qui se noie). Donc, élisez un bassin de votre commune, et allez-y le matin de bonne heure, à la fois pour ne pas être dérangé, et pour échapper aux conseils des bonnes âmes qui vont vous assommer de leurs « Crois-en mon expérience, tu devrais plutôt, etc. ». Entrez dans l’eau, en évitant cet endroit que les Britanniques appellent deep end (la profondeur maximale, ce qui me donne l’occasion d’utiliser un titre de film de Jerzy Skolimowski), à un endroit où la surface de ce liquide – que jamais n’absorba le capitaine Haddock – atteint à peu près le dessous de vos aisselles, et faites face à la longueur du rectangle de votre piscine. Il est probable qu’une échelle métallique se trouve vis-à-vis de vous. Éloignez-vous en d’environ deux mètres, allongez vos bras sur la surface de l’eau, et, en prenant appui sur vos pieds, lancez-vous vigoureusement en avant, avec l’intention d’attraper le barreau de l’échelle situé à la hauteur de ladite surface.

À cette distance minime, aucun risque de vous retrouver le nez dans l’eau, qui est ce que vous craigniez le plus. Ce barreau, vous allez l’atteindre sans même que vos cheveux soient mouillés !

Cela fait, lâchez l’échelle, et recommencez d’un peu plus loin, en reculant de vingt centimètres. Il est certain que ce petit exercice sans risque vous fera sentir que vous êtes soutenu par l’eau, ce qui ne serait pas le cas si vous étiez resté immobile. Et c’est ÇA, le secret : on flotte lorsqu’on est en mouvement, et on coule si on reste immobile. Et donc, après avoir accompli ce mouvement une dizaine de fois, vous vous sentirez en confiance, et vous pourrez faire de même à un autre endroit où la profondeur est plus grande. Rien n’est modifié : que vous ayez sous les pieds un mètre et demi d’eau, ou deux kilomètres, l’eau a des propriétés identiques et vous soutiendra de la même façon.

Et veuillez noter que cette modeste méthode n’a pour but que de vous habituer à flotter sur l’eau, condition sine qua non pour aller plus loin. Vous pourrez ensuite apprendre la technique de la brasse, la plus simple et naturelle. J’ai enseigné la brasse à des dizaines d’enfants âgés de trois ans à douze ans, et ça ne rate jamais. Oubliez provisoirement les nages plus compliquées comme le crawl ou la brasse papillon, ce ne sont pas des nages pour débutants.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
J'ai appris avec ma mère, qui me soutenait dans l'eau et me lâchait brusquement. Avant, on m'avait fait répéter les mouvements de la brasse sur un tabouret. Bref, j'ai su nager rapidement. Jamais le crawl, je buvais tout l'océan.
Votre méthode me semble excellente, simple et qui donnerait confiance à une enclume.
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Y
Je vais glaner une vaste clientèle auprès des enclumes qui me lisent par millions.