« Engrenages »

Publié le par Yves-André Samère

Sur le conseil d’un ami, j’ai voulu connaître la série télévisée Engrenages, produite par Canal Plus (et par la BBC pour les dernières saisons, si mes souvenirs sont bons). Il y a eu cinq saisons, totalisant cinquante-deux épisodes, que j’ai ingurgités assez vite. Il faut dire que je ne déteste pas les séries télévisées, mais que j’apprécie assez peu celles d’origine française. À ce jour, celles que j’ai préférées sont Downton Abbey et Breaking bad – qui n’ont rien de commun, sinon la perfection de leur scénario et de leur réalisation. Si vous ne connaissez pas, on les trouve partout, y compris gratuitement.

Engrenages m’a intéressé sur deux points : ses acteurs sont tous excellents, et leur scénario, de toute évidence écrit par des gens qui connaissent bien les milieux policiers et judiciaires, sont passionnants, de sorte qu’on en apprend beaucoup sur les magouilles, coups fourrés, chausse-trappes et coups de poignards dans le dos qu’on s’y distribue à longueur d’année. Quand on pense que magistrature et police sont censées représenter l’ordre et la loi ! Rions, et passons très vite.

Je ferai pourtant deux réserves, et elles sont techniques.

La plupart des épisodes (pas tous) sont filmés à la caméra portée. Cette mode redoutable vient de ce que les caméras d’aujourd’hui, presque toujours numériques et permettant de filmer sans beaucoup de lumière, sont légères. Il est loin le temps où Alfred Hitchcock filmait La corde avec une caméra pesant trois cents kilos ! Si bien que beaucoup de réalisateurs, surtout chez les débutants, croient pouvoir se passer de tout support – dolly, chariot de travelling, trépied, grue, louma –, et confient l’engin à un cadreur (c’est le nom du caméraman), qui... n’a pas la force de la porter, et tremble comme de la gelée de groseilles sur une plateforme d’autobus. En outre, ces zigotos se croient obligés de saisir le moindre mouvement, le moindre froncement de sourcils des acteurs, et gesticulent en visant tous azimuts, de sorte que l’image ainsi captée vous flanque très vite le tournis. Un personnage ouvre-t-il un frigo ? Aussitôt, on filme l’intérieur du frigo. Un autre fait tomber sa fourchette par terre ? Illico, on filme la fourchette sur le sol. Passionnant. Je vous jure que j’ai vu ça. On rêve d’offrir à ces amateurs un simple trépied. Savent-ils qu’ils obtiendraient un bien meilleur résultat avec une steadicam ? Si vous ignorez ce qu’est une steadicam, cherchez un peu, vous comprendrez vite. Bien sûr, la steadicam a deux petits inconvénients : sa location coûte plus cher, et le cadreur capable de l’utiliser, non seulement est mieux payé en raison de sa compétence, mais il a souvent besoin d’un ou deux assistants qui doivent le guider lorsqu’il filme à reculons ! Néanmoins, le résultat est toujours magnifique, car l’engin semble glisser dans l’air et ne produit aucun à-coup. Je vous conseille de voir L’arche russe, filmé en un seul plan de quatre-vingt-treize minutes au Musée de l’Ermitage, à Saint-Petersbourg. Et de ne PAS voir Birdman, sorti en France le 25 février, filmé aussi avec une steadicam, le film le plus prétentieux jamais réalisé par un camelot passant à tort pour un grand cinéaste.

L’autre inconvénient d’Engrenages tient au dialogue : la prise de son est si mauvaise qu’on ne comprend pas la moitié de ce que disent les personnages. Et le malheureux téléspectateur passe son temps à revenir en arrière pour tenter de comprendre ce qu’ils ont bien pu marmonner. Si bien qu’un épisode de cinquante minutes vous occupe pendant une heure et demie, au bas mot.

Dans un autre article, je vous parlerai des acteurs. Ce n’est pas sans intérêt, et, pour une fois, je vais en dire du bien. Je sais, ça surprend.

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D
Beaucoup aimé Engrenages, car cette série est française, donc est familière sur bien des points, et suffisamment nuancée pour être captivante. Quant aux acteurs, oui. Ils sont bons, chacun dans leur registre.
Pour qui connaît (un peu) le domaine judiciaire et policier, le scénario est crédible.
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