Aujourd’hui, grammaire

Publié le par Yves-André Samère

Vu aujourd’hui un film français d’un auteur, Emmanuel Mouret, qui est sans doute le meilleur dialoguiste du pays, et que les critiques français dédaignent – sans doute parce qu’il ne savent pas rédiger une phrase aussi bien que lui. Hélas, dans son dialogue, j’ai pêché sans le vouloir une phrase grammaticalement incorrecte. Certes, certes, elle est censée commise par un personnage qui joue un rôle d’actrice, donc la faute n’est pas peut-être pas involontaire de la part de l’auteur (j’ai déjà relevé les fautes de français d’Isabelle Huppert, actrice que chacun croit cultivée).

Cette phrase contient le passage suivant : « les idées que je me suis permise d’écrire », et c’est une femme qui parle. Où est la faute ?

Si, au cours de vos études à l’école primaire, votre camarade favori n’était pas le radiateur contre lequel vous dormiez, vous avez dû percevoir, dans les cours de français, que le participe passé employé avec le verbe être s’accordait de temps en temps, mais en suivant quelques règles. Ici, le participe passé, c’est permis, et on l’a mis au féminin, parce que l’auteur de la phrase s’est fait la réflexion que, puisque le personnage qui parle – le sujet de la phrase – est une femme, l’accord au féminin s’imposait. Hélas non, car il ne doit s’accorder avec le sujet que s’il qualifie le sujet. Or, ici, ce qui est qualifié de permis, ce n’est pas la personne qui parle, c’est... le fait d’écrire. D’ailleurs, que signifierait « une femme qui est permise » ? Et ce fait d’écrire n’est pas le sujet de la phrase.

Donc permis reste au masculin singulier. Une femme DOIT dire « je me suis permis d’écrire ». À tout fautif, je suggère la lecture de l’intégrale des Dictées de Bernard Pivot (chez Amazon, à partir de 3,91 euros).

Publié dans Langue française

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