Conducteur

Publié le par Yves-André Samère

C’est curieux, cette religion du conducteur...

D’après les dictionnaires, un conducteur peut être : 1. quelqu’un qui conduit un véhicule ou dirige un peuple (c’était ce que signifiaient Führer ou Conducator) ; 2. un livre servant de guide ; 3. un corps qui transmet l’électricité ou la chaleur ; 4. en chirurgie, un instrument dont on se sert dans l’opération de la taille (je ne sais pas ce que c’est). Mais les dictionnaires, surtout s’ils sont un peu anciens, ignorent un dernier sens, celui qui m’occupe aujourd’hui, et qui est employé en radio et en télévision.

En radio-télé, le conducteur est le plan strictement minuté d’une émission. L’animateur de l’émission l’a contamment sous les yeux, et la cabine technique le lui rappelle sans cesse dans ses écouteurs (« Attention, tu vas déborder, coco ! »). Ne pas respecter le conducteur est le crime suprême, de sorte que la phrase entendue le plus souvent dans sa bouche est « On n’a pas le temps ». Si bien qu’aucun invité n’a jamais le temps d’exposer ce pour quoi il a été invité, parce que c’est le moment de passer la pub ou de faire place à l’invité suivant – un rappeur, le plus souvent, et vous comprenez bien que c’est urgent. Seuls les plus courageux et les plus indépendants ont le culot de transgresser la règle sacrée, et je dois reconnaître que, sur France Inter et dans cette médiocre émission qu’est La bande originale, seul Chris Esquerre ose dire parfois que le disque prévu à telle heure n’a pas d’importance et qu’il prend l’initiative de le faire sauter ! Unique... De même, dans la matinale de cette radio, la revue de presse commence rarement à huit heures et demie, et les retards de deux ou trois minutes sont quotidiens.

Mais, ce matin, nous avons eu droit à un épisode original : le journal de huit heures une fois achevé, le passeur de plats, Patrick Cohen, annonce que l’équipe est... en avance, et que, pour boucher le trou, on va passer un peu de musique (alors que, depuis trois semaines, la grève a ouvert ce robinet d’eau tiède qu’est la « playlist » ; comprenez, la liste des disques qu’on va diffuser toute la journée pour ne pas laisser l’antenne inoccupée, la crainte étant que les auditeurs passent sur une autre radio). Or le trou dans le conducteur est considérable : l’avance est de... quarante secondes. Ces quarante secondes seront ainsi comblées par : 1. l’annonce qu’on est en retard ; 2. l’annonce rituelle que, « en raison d’un mouvement de grève de certaines catégories de personnel, nous ne sommes pas en mesure de, etc. », et 3. par la musique annoncée, qui va ainsi durer une petite vingtaine de secondes.

C’est vrai, ça, on ne pouvait pas demander à Bernard Guetta de commencer sa chronique avec quarante secondes d’avance. Il doit avoir un conducteur, lui aussi !

Publié dans Radio

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Oui, j'ai remarqué : à la place de la météo, ils ont passé trois notes de musique. J'aurais passé trois notes de silence volontiers, mais là, c'est le second impératif de la radio : jamais de silence.
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Y
Il paraît que, techniquement, c’est impossible : dès que sont repérées (automatiquement) sept secondes de silence, la machine à passer des disques se déclenche toute seule !