Les funérailles de Richie

Publié le par Yves-André Samère

Il y a quelques jours, j’ai fait allusion au livre Richie, que Raphaëlle Bacqué, journaliste, a consacré à Richard Descoings, ancien directeur de Science-Po, mort mystérieusement à New York, comme chacun sait. Or, le matin même de son départ en avion pour New York, Descoings, qui prévoyait peut-être cette fin dont on n’a jamais eu l’explication, avait prévu le protocole de ses funérailles, par un message envoyé à ses collaborateurs : « Si l’on s’écrase, la messe aura lieu à Saint-Sulpice : Mozart à tue-tête, Plug n’Play au premier rang. Pas d’argent pour le cancer, tout pour les fleurs ». Gentil pour les cancéreux.

La messe a bien eu lieu à l’église Saint-Sulpice, le 11 avril 2012. Mais pour le reste, les dernières volontés du défunt sont un peu passées à la trappe. Et cela nécessite bien une double explication.

D’abord, l’église Saint-Sulpice : elle trône au centre du quartier le plus cher de Paris, où le prix moyen du mètre carré est de 16 539 euros. Catherine Deneuve habite à deux pas, Vincent Lindon vit en face de l’église, au 74 rue Bonaparte (la rue est un des côtés de la Place Saint-Sulpice), et j’ai croisé deux fois Richard Bohringer dans le quartier. Saint-Sulpice est beaucoup plus huppée que Saint-Germain-des-Prés, toute proche mais qui souffre encore de sa réputation datant de la Libération. C’est d’ailleurs de là que vient l’adjectif saint-sulpicien, qui qualifie tout ce qui est suprêmement conformiste.

Ensuite, Plug n’play : cette expression, qui vient de l’informatique, signifie en gros « Tu branches et ça marche ». Ma pudeur naturelle m’interdit de commenter cette expression, car Descoings, qui était homosexuel quoique marié (avec une femme, il faut préciser, aujourd’hui), avait fondé sous ce nom une association qui réunissait les « gays, lesbiennes, bis, trans, queer de Sciences Po », d’où sa popularité.

Or Plug n’play ne fut pas placée au premier rang, mais casée discrètement en bordure de la nef. Au premier rang, on avait placé la famille, les amis, et toute la nomenklatura française : une demi-douzaine de ministres, les banquiers les plus riches, une kyrielle de hauts fonctionnaires, la moitié de l’équipe de campagne présidentielle du cher Hollande, l’encore maire Bertrand Delanoë, l’amant de Richie (Guillaume Pépy, président de la SNCF), et une foule d’ambassadeurs. Sarkozy, absent de France, avait téléphoné à la veuve Nadia Marik, et Obama, envoyé ses condoléances. L’église étant trop petite avec ses trois mille places, on avait installé des hauts-parleurs sur la place.

Quant à son surnom Richie, il lui avait été donné par ses étudiants, qui l’idolâtraient. Il aurait dû faire chanteur.

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