Pas de souvenirs avant deux ans ?!

Publié le par Yves-André Samère

Je me méfie des experts. Autrefois, ils sévissaient plutôt dans les affaires judiciaires, et vous aurez un aperçu de leurs exploits (et de leur capacité de nuire) si vous lisez cet article sur Marie Besnard, une malheureuse qui fut accusée d’avoir empoisonné son mari en 1947, puis... douze autres personnes, et dut subir trois procès avant que son innocence soit complètement reconnue. L’arsenic dont les experts certifiaient qu’il n’avait pu être administré que volontairement par l’empoisonneuse de Loudun provenait en fait, par un phénomène naturel, de la terre du cimetière où reposaient les corps ! La pauvre femme y a perdu tous ses biens, a fait des mois de prison, et... n’a jamais été indemnisée. La justice n’aime pas admettre qu’elle s’est trompée.

Aujourd’hui, les experts sévissent surtout à la radio et à la télévision, où on les voit défiler à chaque fait divers, venant étaler leur ignorance des faits. Souvenez-vous de la kyrielle d’experts en tout (on se croirait à Barbès), à propos de cet avion d’une compagnie allemande qui s’est écrasé dans les Alpes récemment : on n’avait encore aucun indice, mais tous possédaient leurs certitudes (deux journaux ont publié une photo du copilote responsable, mais hélas, ils avaient fait erreur sur le cliché ! Et, avant même qu’on ait fouillé les débris, un autre journal prétendait posséder une vidéo prise à l’intérieur de l’avion, et qu’on n’a jamais montrée).

Justement, hier soir, France 2 a diffusé une émission en direct sur le sujet de la mémoire, animée par Nagui et le docteur Michel Cymès. C’était assez amusant, beaucoup trop long (deux heures et demie), parfois instructif, mais la soirée s’est conclue par une affirmation surprenante, dans la bouche d’un expert dont je n’ai pas retenu le nom, et confirmée par Cymès, qui a perdu là une bonne occasion de se taire. Dissertant l’un et l’autre sur cet organe nommé « hippocampe » (pas l’animal marin ; c’est une zone du cerveau), ils ont l’un et l’autre affirmé que personne ne pouvait avoir de souvenirs antérieurs à l’âge de deux ans. Et que, si on en a, il ne s’agit que d’une erreur de notre part : lesdits souvenirs seraient « fabriqués » à partir de photos, ou d’histoires qu’on nous aurait racontées.

Je regrette, mais c’est totalement faux, et cette croyance, souvent rappelée jusqu’à l’obsession, ne repose sur rien. Il m’est évidemment impossible de prouver quoi que ce soit, mais j’ai plusieurs souvenirs très précis de faits antérieurs à cet âge, et remontant à l’âge d’un an. Or il n’existe aucune photographie de ces faits, et on ne m’a rien raconté, surtout sur des faits n’ayant eu aucun témoin ! Lorsque j’ai eu un an et quelques mois, mes parents et moi avons quitté la grande ville où nous étions nés, pour aller nous installer dans une autre ville plus petite et fort éloignée. Là, nous avons eu successivement deux domiciles. Dans le premier, nous ne sommes restés que quelques mois, et je me souviens, car j’en ai les images mentales, d’une terrasse ensoleillée, ainsi que de la pièce plutôt sombre où se trouvait mon berceau, qui était tapissé d’un tissu rose et possédait des roulettes. Nul ne m’a jamais parlé de ces détails, et ma famille ne prenait aucune photo. Il se trouve simplement que ma mémoire était tout à fait capable de retenir ces détails.

Mais mon hippocampe avait sans doute subi un entraînement spécial. Une autopsie le révèlerait certainement. Patientez.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

T
Ah non, je conteste!<br /> Ca c'était MON berceau et vous ne me le prendrez pas.<br /> Non mais c'est inouï ça...
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Y
J’avoue : on l’avait cloné.