Boycotter « La belle Hélène » ?

Publié le par Yves-André Samère

Du 2 au 22 juin, on va donner La belle Hélène au Théâtre du Châtelet. Eh bien, je n’irai pas !

J’aime énormément cet opéra-bouffe de Jacques Offenbach, je l’ai vu dans quatre mises en scène différentes, toutes bonnes, plus une cinquième, retransmise à la télévision, et précisément d’après une représentation précédente au même Châtelet. Là, je n’avais pas pu avoir de place convenable, mais je ne l’ai pas regretté, car cette fois, a posteriori et contrairement aux précédentes, j’avais trouvé le dispositif scénique absolument désastreux, contredisant les intentions des auteurs, le musicien et ses librettistes Meilhac et Halévy. J’explique.

Dans cette représentation, tout se passait, non pas en Grèce à la cour du roi Agamemnon, mais... dans un grenier ou une chambre à coucher d’époque moderne, et les personnages étaient vêtus comme aujourd’hui, ou à peu près. Or, qu’est-ce qui nous fait rire, dans La belle Hélène ? C’est le contraste, l’énorme distance entre un univers antique, soutenu par des décors et des costumes s’efforçant de « faire grec », et le langage très décalé des personnages, qui affichent un comportement très éloigné de l’antique. Par exemple, le jeune Oreste, fils d’Agamemnon, passe ses nuits dans des cabarets, ramène au palais deux filles de petite vertu, et se glorifie de faire « valser l’argent à papa » vu que « c’est la Grèce qui paiera » ; tous les rois poussent Ménélas à partir pour la Crète afin de laisser Pâris libre de séduire Hélène ; et lorsque Ménélas, enfin désabusé, déclare qu’il veut se venger, Agamemmon et Calchas, voyant se pointer la perspective d’une guerre avec Troie, essaient de l’en dissuader en argüant « Tu t’fiches pas mal de ton pays » ! Auparavant, Calchas, le grand prêtre de Vénus, aura été comparé à... des cornichons.

Ce procédé du décalage entre l’époque et le langage des personnages a été utilisé par Alexandre Astier dans sa série télévisée Kaamelott, avec le succès que l’on sait ; preuve que c’est la bonne méthode.

Pour tout dire, j’ai horreur de la prétention manifestée par ces metteurs en scène de théâtre, qui prétendent « dépoussiérer » les classiques, et ne font que les massacrer. Si bien que je vais très rarement au théâtre, et seulement quand je suis d’avance certain que la mise en scène n’a pas été assurée par un de ces hurluberlus, tous plus intelligents que l’auteur, bien sûr. Je donnerai bientôt quelques exemples à faire frémir – ou mourir de rigolade.

 

(NB : vous allez m’objecter que, dans La belle Hélène, il restait tout de même la musique, difficile à supprimer. Je le sais bien. Mais si j’étais tout le temps de bonne foi, je n’aurais plus aucun lecteur depuis longtemps !)

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Dépoussiérer : une grave maladie.
Vu à Munich un Lohengrin poussiéreux. Kurt Mohl (basse merveilleuse) censé être un chevalier teutonique ressemblant plutôt à un roi de carreau, au pied d'un énorme chêne qui vacillait dès qu'il se déplaçait. Et Lohengrin censé être un cygne, géant roux revêtu d'un rideau en mousseline bleue qui gonflait au vent... friselis de rires dans la salle. Tout le décor était gentiment suranné. Pour une fois que Wagner faisait rire.
Vu un Don Carlos ridicule, transformé en stupidité contemporaine.
Vu un délicieux Chevalier à la Rose, en costumes et décors d'époque qui soulignaient justement la musique.
Vu un Aïda superbe à Orange. Grand spectacle.
Mon père fuyait à toutes jambes les mises en scène dépoussiérantes dès qu'il le pouvait !!!
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Y
Quelques bons exemples qui apportent de l’eau à mon moulin.