Éloquence

Publié le par Yves-André Samère

Errant aujourd’hui dans une FNAC qu’un esprit plus critique que le mien qualifierait sans doute de « déserte », je laissais traîner mes oreilles afin de capter quelque conversation entre employés désœuvrés (ils le sont presque tous, à la FNAC, et le jour où vous surprendrez en ce lieu quelqu’un en train de travailler, prévenez-moi d’urgence, je m’y précipiterai afin d’en rapporter un reportage : là, c’est le Prix Albert-Londres assuré). Et, en effet, j’ai entendu une fin de conversation entre deux employés, un homme et une femme, au rayon des livres ; fin de conversation que je transcris fidèlement, puisque la fille a conclu sa péroraison par un lapidaire « Alors voilà, quoi ! ».

Admirable ! En dire tant en si peu de mots... Si Molière m’avait tenu compagnie, lui qui était du quartier, il aurait pu écrire « Cet “Alors voilà, quoi !” en dit beaucoup plus qu’il ne semble. Je ne sais pas, pour moi, si chacun me ressemble, mais j’entends là-dessous un million de mots ». Tout cela avec seulement trois petits vocables qui sont les plus répandus de la langue française telle qu’on la pratique en ce siècle.

Richelieu, reviens ! Tu devrais pouvoir créer un nouvel institut du beau langage sur les ruines de l’Académie française. Les règles, cette fois, en seraient plus simples : Article 1, dire n’importe quoi ; Article 2, le dire le plus souvent possible ; Article 3, aux contradicteurs, affirmer que la langue doit évoluer ; Article 4, sinon, appeler Alain Rey à la rescousse pour appuyer l’Article 3.

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