L’imposture du CNC

Publié le par Yves-André Samère

Point n’était besoin d’être un voyant extra-lucide pour deviner que Fleur Pellerin, ministre du repêchage hâtif des hauts fonctionnaires ayant tapé dans la caisse, serait ce soir au Grand Journal, sur Canal Plus. Avec la fin du festival de Cannes, il fallait absolument qu’un officiel vienne pousser la chansonnette de rigueur : la bonne santé du cinéma français (en fait, elle a employé le terme de vitalité, mais c’était équivalent).

Quant à Hollande, il s’est exprimé dans un tweet, puisqu’il est avéré que, de nos jours, on ne sait plus sortir la moindre opinion sans passer par les « réseaux sociaux », comme il faut dire. Et ce tweet disait que le palmarès du festival, très franco-français, était dû à « l’efficacité de notre système de financement ».

Eh bien, tout ça est une imposture cynique !

Le système de financement du cinéma français, seul au monde de son espèce, est régi pour sa partie étatique par le CNC (Centre National du Cinéma, dont les patrons ont ressenti le besoin de donner une rallonge à ce titre, puisqu’il s’appelle désormais Centre National du Cinéma et de l’image animée, parce que ce serait trop simple de dire « et de la vidéo » et que plus c’est ronflant, plus ça impressionne le gogo).

Pourquoi une imposture ? Je vous explique.

Quand vous allez au cinéma, on prélève sur le prix de votre ticket une taxe de 5,5 %, qui est la TVA ordinaire, allant dans les caisses du fisc, mais aussi et surtout une autre taxe dite TSA (Taxe Spéciale Additionnelle), de 10,73 %, qui est reversée au Centre National du Cinéma, afin de financer les futurs films français  –  même si l’argent provient de salles passant des films étrangers, comme presque toutes. Et si le film est classé comme interdit aux moins de 18 ans, la TSA monte à 16,08 % du prix du billet, mais c’est très rare – et rappelons que les films X n’existent plus depuis 1996.

Or cet argent va servir essentiellement à faire des cadeaux déguisés aux candidats réalisateurs. En gros, cela se passe ainsi : vous déposez au CNC un dossier détaillant le projet de film que vous envisagez, et, sans aucun contrôle préalable de votre capacité à faire du cinéma, on vous « avance » environ vingt pour cent de la somme que vous réclamez. En théorie, si votre film couvre ses frais, vous êtes tenu de rembourser, mais comme cela n’arrive presque jamais puisque ce système profite aux débutants, l’addition reste à la charge du CNC. Mais on a fait gonfler les statistiques.

Inutile de dire que les débutants n’ayant jamais rien fait se bousculent au portillon. Et s’ils ont du piston, leurs chances en sont décuplées. C’était le cas de ce débutant dont le père est responsable du cinéma sur Canal Plus, et la mère, membre du CNC !

Bref, les dirigeants français ne peuvent se glorifier que du nombre de films produits en France, environ deux cents par an. Pas de leur qualité. C’est glorieux, sachant que les deux-tiers des films de ces débutants se cassent la figure au bout d’une semaine ou deux et ne passent même pas à la télévision.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Er de l'autre côté de l'Atlantique on a en majorité des films-tiroir caisse. Où est le juste milieu ?
Peut-être comme les livres, juste une minorité sort du lot, et pas forcément les plus populaires ?
Ce ne sont que des questions, je ne connais que très peu (à part la lecture de votre blog de cinéma) ce monde.
Répondre
Y
Le juste milieu est partout en dehors de la France et des États-Unis : en Angleterre, en Allemagne, en Italie, dans les pays de langue espagnole, etc. Ces pays produisent des films, souvent de très haute qualité, parce qu’ils ont des créateurs, pas parce qu’ils donnent de l’argent à des cinéastes n’ayant pas appris le métier. Et on n’y entend jamais les gouvernements se vanter de « la bonne santé » de LEUR cinéma, car ils ne se mêlent pas de la question. Un gouvernement qui se mêle de cinéma, on a vu ce que ça donnait, avec le cinéma soviétique.