Les beautés de la DGSE

Publié le par Yves-André Samère

Noté une phrase dans l’épisode 5 du feuilleton de Canal Plus Le bureau des légendes, épisode qui devait passer hier soir. Elle figure dans un dialogue entre deux personnages syriens : « Tu n’imagines pas jusqu’où peuvent aller les services de renseignement ». Et, en effet, cet épisode en donne quelques échantillons. Par exemple, dès la première scène, le personnage principal que joue Mathieu Kassovitz, agent de renseignement employé par la DGSE, avait été envoyé à Damas pendant six ans afin d’y recruter des Syriens proches du pouvoir de Bachar El-Assad, en vue de leur soutirer des tuyaux importants. Ayant adopté une fausse identité (c’est ça, les légendes du titre), il endossait la personnalité d’un professeur de lycée, et avait dû, pour commencer, passer son agrégation et apprendre l’arabe. Histoire de fignoler, il devait aussi faire croire qu’il était un écrivain débutant, attelé à la rédaction d’un roman. On le voit donc, à Paris, dans une chambre d’hôtel, feindre de corriger un passage du roman que les services secrets lui ont remis (ils en ont un stock, paraît-il), et modifier un mot au crayon. Puis, pour simuler un changement d’avis, gommer le mot, ce qui laisse sur le papier des traces du caoutchouc de la gomme. Enfin, poser par-dessus le tout les pages voisines. Quelques heures plus tard, revenu dans sa chambre, il constate que les traces de caoutchouc ont disparu. Conclusion : un type des services secrets adverses est venu en son absence fouiller dans ses affaires, et constater qu’il est bel et bien écrivain. Il paraît que ce truc est appelé « piège à fouineur », mais c’est le plus anodin. La torture, le chantage et l’intox (voir la décision du Parquet, prise hier, de renvoyer Julien Coupat en correctionnelle, pour des « actes de terrorisme » purement imaginaires) ne sont pas considérés non plus comme des procédés immoraux.

Le sigle DGSE désigne la Direction Générale de la Sécurité Extérieure, et il siège dans une ancienne caserne située à Paris, Boulevard Mortier, dans le vingtième arrondissement. Naguère, cet endroit était surnommé, par ceux qui y travaillaient, « la Piscine », à cause de son voisinage avec une piscine publique. Mais je suppose que, grâce aux services de Najat Vallaud-Belkacem, on l’appelle aujourd’hui « Milieu aquatique profond et standardisé ». Vivons avec (le vocabulaire de) notre temps...

La DGSE comprend plusieurs services, mais ceux du feuilleton n’ont pas, comme James Bond, le permis de tuer : ça, c’est le privilège du Service Action, qui existe bel et bien, et qui fonctionne toujours, à la plus grande satisfaction de nos gouvernants, qui ont ainsi la possibilité d’expédier dans un monde meilleur les personnages gênants (je ne plaisante pas).

La DGSE est placée sous l’autorité du ministre de la Défense, et elle a changé de nom chaque fois qu’une sale affaire enjolivait sa réputation – par exemple, en 1965, après l’affaire Ben Barka (je vous laisse chercher, si vous ne connaissez pas). Elle comprend plusieurs directions, et le cloisonnement y est pratiqué à grande échelle. Les services de renseignement, qui n’admettent que la raison d’État, collaborent souvent avec les services équivalents des pays étrangers, même théoriquement classés comme adversaires politiques, et tout ça est bien émouvant.

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