Lire Ellroy ? Non

Publié le par Yves-André Samère

Hier soir, James Ellroy était au Grand Journal sur Canal Plus, et on lui a fait un accueil enthousiaste... qu’il est très loin de mériter.

En fait, je n’ai aucune estime pour Ellroy, et je regrette que le seul Yankee auquel j’ai serré la main, ç’ait été lui ! Mais je le connaissais mal, à ce moment. J’aurais préféré Woody Allen.

Non, Ellroy n’est pas le plus grand écrivain des États-Unis, j’en connais une kyrielle qui sont bien meilleurs. Il écrit des romans policiers très violents, passablement racoleurs. Mais c’est le romancier qui fait le mieux sa publicité, à coups d’interviews provocantes, ou de pitreries comme il en a commis hier soir à la télé. Et lorsque Brian De Palma a tourné Le Dahlia noir d’après son roman, on a su qu’Ellroy avait été payé pour en dire du bien, alors que le film, notoirement, est raté.

Politiquement, Ellroy est répugnant : il est de droite, et pas qu’un peu. Franchement homophobe, Républicain comme on sait l’être là-bas, très opposé aux hippies à l’époque où il y en avait, et foncièrement misogyne, je trouve impossible d’avoir la moindre sympathie pour ses idées.

Non, Ellroy n’aime pas la France et les Français, il n’aime que l’argent que les Français dépensent pour acheter ses livres. Savez-vous qu’il vient régulièrement en France depuis des dizaines d’années, et qu’il n’a jamais appris un seul mot de français ? Comme attitude méprisante, on ne fait pas mieux. Il me fait penser à cette histoire drôle que j’ai souvent entendue : un président des États-Unis traverse l’Atlantique en avion, et, en vue des côtes européennes, un de ses conseillers lui souffle « En ce moment, nous survolons la France, mister president ». Et le président de répondre « Ne faites pas le détail, annoncez seulement les continents ! ».

(En réalité, Ellroy connaît un mot de français : merde. Quand on lui a demandé, dans la Boîte à questions, si Cinquante nuances de gris était « un chef-d’œuvre ou un tas de merde », c’est le seul mot qu’il a proféré)

Oui, Ellroy est un commerçant, au point de friser l’escroquerie. En ce moment, il vient faire la retape pour son dernier roman, Perfidia. Son précédent livre s’intitulait Extorsion, et pour une extorsion, c’en était une. J’ai téléchargé ce livre, figurez-vous, un petit opuscule de seulement 128 pages, auxquelles on avait accolé, en fin d’ouvrage, deux chapitres, les 4 et 8 (principale originalité dans ce dernier chapitre, un passage écrit en caractères japonais), du futur Perfidia. À titre de publicité. Ellroy a ainsi inventé la bande-annonce en littérature ! Sur France Inter, dans Le masque et la plume, il s’était fait couvrir de boue, métaphoriquement parlant.

Je ne lirai pas son livre, ni les suivants. La vie est trop courte.

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