Déboulonnons : Christophe Colomb (2)

Publié le par Yves-André Samère

On dit souvent de Christophe Colomb qu’il a « découvert l’Amérique » et que c’était « un grand navigateur ». Plus personne ne croit qu’il a découvert l’Amérique, car c’est faux ; quant à sa réputation de grand navigateur, elle doit être tempérée.

Certes, il ne manquait pas de connaissances, puisqu’il avait fait des études d’astronomie, de géométrie et de cosmographie à l’université de Paris, et qu’il gagnait sa vie en copiant et améliorant les cartes dont certaines lui venaient de son beau-père Bartolomeo Perestrello, lequel avait été au service d’Henri le Navigateur (1394-1460). Et il savait très bien que la Terre était ronde, notion qu’on avait déjà dans l’Antiquité : Platon et Aristote en parlent. Par conséquent, son hypothèse de gagner l’Inde en naviguant vers l’ouest n’avait rien de farfelu, nonobstant le fait qu’entre l’Europe et l’Asie, il existait un petit obstacle ! Or certains navigateurs de l’époque soupçonnaient déjà l’existence de cet obstacle, et il en existait même une carte datant de 1448, qui mentionnait « une île » à 1500 milles de l’Afrique de l’Ouest, laquelle île ne pouvait être que... le Brésil ! Or cette carte, Colomb l’avait vue, comme en attestent trois notes dans le journal de bord de son premier voyage (19 septembre 1492).

Malgré tout cela, Colomb n’a pas été un navigateur bien avisé, puisqu’il s’est embarqué avec des provisions bien insuffisantes pour un voyage dont il aurait dû mieux calculer la longueur et la durée : comme on connaissait, depuis deux siècles avant notre ère, la circonférence de la Terre, calculée avec une remarquable précision par le savant grec Ératosthène – il n’a fait une erreur que de un pour cent –, et sachant par Alexandre le Grand et par Marco Polo quelle distance par voie de terre séparait l’Inde de l’Europe, une simple soustraction suffisait pour évaluer l’ampleur du voyage !

Il est donc très probable que la fameuse anecdote qu’on enseignait autrefois dans les écoles (« Voici l’Inde, et voici les Indiens ») a été inventée a posteriori, pour enjoliver l’histoire. Déjà, on voulait faire rêver le populo.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Le problème, c'est que dès que l'on se penche sur une période, un fait ou un personnage historiques, il faut tout repenser, et cela entraîne des tas de dominos en chaîne. Je me suis un peu penchée sur les croisades, et si on devait relever toutes les âneries qui sont dites sur le sujet... C'est passionnant, mais sans fin.
Ce qui n'empêche pas en effet de signaler ce genre de sottises, bien sûr.
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Y
Je fais ça tout le temps, et il n’y a guère de personnage historique qui soit conforme à sa légende. Mais quand on déteste le bourrage de crâne...