Déboulonnons : Giscard (4)

Publié le par Yves-André Samère

Je crois volontiers que la loi, en France, est très confortable, puisque tant de puissants s’assoient dessus. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que le roi d’Arabie Saoudite a pu bénéficier d’un passe-droit – d’ailleurs ancien, puisque la construction de sa propriété de Vallauris, édifiée pour son prédécesseur et dont il a simplement hérité, a été construite en violant la loi sur le littoral, qui impose de laisser un accès libre à la mer pour tous les citoyens. Or, en permettant qu’une plage devienne un lieu clos, le maire et le préfet se sont bel et bien assis sur la règlementation ! Mais enfin, sur la Côte d’Azur, elles pullulent, ces plages privatisées. Pratiquement, tous les grands hôtels ont la leur. Je ne vous apprends rien...

Il faut dire que, si la Quatrième République a offert à nos compatriotes deux chefs d’État, Vincent Auriol et René Coty, sans grand pouvoir mais qui respectaient les lois, la Cinquième, imaginée par et pour un président qui se prenait pour la France et rêvait d’en être le souverain incontesté, a tout chamboulé. Certes, on ne peut pas dire que De Gaulle, sur le plan privé, a beaucoup abusé de ce que la Constitution rédigée par un bon domestique, Michel Debré, lui permettait de faire, puisqu’il n’a favorisé aucun membre de sa famille ou de ses amis, et ne s’est pas enrichi : seule la politique, surtout étrangère, l’intéressait (il ne connaissait rien à l’économie, et la dédaignait). Son successeur, Pompidou, non plus. Et détail extraordinaire, les Français ne savaient même pas s’il avait des enfants ! (Lui et sa femme Claude ont adopté un garçon, qui est devenu médecin. Jamais on ne l’a vu dans les médias, jamais on n’a seulement cité son prénom)

Le ver dans le fruit a été introduit par Giscard, la première des franches canailles à s’être assise dans le fauteuil présidentiel. Et canaille ridicule. Vous avez lu, dans le dernier « Canard », comment il a raconté que son père avait « relevé » le nom des d’Estaing ? Vous en saurez un peu plus sur ce sujet en lisant cet article, mais, a priori, on relève un nom célèbre si on possède un lien familial avec la dernière personne qui l’a portée, or Edmond Giscard n’avait aucun lien familial avec l’amiral d’Estaing, pour la bonne raison que ce dernier est mort guillotiné sous la Terreur et n’a jamais eu d’enfants (il a transmis son héritage à sa demi-sœur et filleule). Le père Giscard s’est contenté d’acheter le nom en 1922, ce qui ne lui a donné aucun droit sur le titre nobiliaire de l’amiral, qui était comte, ni sur ses biens, évidemment. Et son fils Valéry a tenté de camoufler cette carence en rachetant à son tour le château de la famille éteinte. Plus tard, devenu président, et fort de ce qu’il croyait être dans ses prérogatives, Giscard a fait jeter en prison deux hommes qui lui avaient déplu, et les y a gardés plusieurs mois sans aucun motif, ce que la justice a bien dû reconnaître en les libérant. Il a aussi fortement contribué à faire accuser d’assassinat et... de cannibalisme un chef d’État étranger, Jean Bedel Bokassa, qui le haïssait pour avoir couché avec sa femme Catherine. Il l’a d’ailleurs fait renverser par un commando français, à la faveur d’un voyage en Libye de Bokassa. Menteur, avec ça, il a eu le culot de prétendre que le premier film de Raymond Depardon, 1974, une campagne électorale, avait été son idée à lui, Giscard. Je connais assez bien la mentalité de Depardon, qui est un honnête homme, et la décision d’interdire la sortie de son film l’a plongé dans le désarroi.

Historiquement, Giscard est le premier président français ayant usé et abusé des moyens que l’État mettait à sa disposition, mais pour des comportements privés : il a copieusement utilisés les avions de la République pour aller chasser l’éléphant en Centrafique, ouvrant ainsi la voie à son successeur, Mitterrand, qui les utilisait pour ses nombreux week-ends à Venise, et ceux de sa fille à New York, en compagnie du petit ami de la donzelle (je connais son nom, mais comme ils ne sont plus ensemble et qu’il est très connu à Canal Plus, je ne l’écris pas ici).

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Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Le plus amusant, c'est qu'il "voulait avoir l'air, mais il n'avait pas l'air du tout". Aristocrate de pacotille : lors des chasses qu'il organisait dans son domaine, il faisait payer le gibier à ses rabatteurs et garde-chasse, à l'encontre de la coutume dans ce milieu. Faute impardonnable qui le remet dans sa vraie catégorie sociale : celle des "parvenus".
Je crois que vous n'imagineriez pas une minute Giscard laisser à la disposition de ses métayers à la retraite un logement gratuit jusqu'à leur décès... Cela se fait pourtant aussi dans son supposé milieu.
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Y
Giscard a été le premier à lancer la mode de la vulgarité au sommet de l’État. Il a fait pas mal d’émules...