Droits abusifs

Publié le par Yves-André Samère

Hier matin sur France Inter, les deux journalistes invités chaque semaine à commenter les films sortis le mercredi précédent ont un peu descendu en flammes Le petit prince, pour lequel j’avais eu ICI quelques mots aimables, que je suis bien décidé à ne pas voir, et auquel la mairie de Paris fait de la publicité en ayant permis qu’on édifie sur Paris-Plage deux statues géantes en plastique, absolument hideuses. Mais j’ai feuilleté à la FNAC un petit livre illustré avec les images réalisées pour cette daube (oui, je ne peux pas écrire « cette merde », je ne veux pas choquer Anne Hidalgo, qui me lit certainement), et c’est frappant : on a adopté, pour le visage de la petite fille – à laquelle ce niais de Saint-Exupéry n’avait pas pensé –, le style des mangas japonais. Je parlerai un autre jour des mangas, car j’ai trouvé une perle rare que je vous conseillerai sans aucune ironie, mais là, c’est l’horreur dans... euh, toute son horreur. Comme dans la plupart des mangas, la fille a des yeux immenses, parce que les Asiatiques ne peuvent pas supporter d’avoir, eux, les yeux bridés, donc ils se rattrapent par le dessin.

Mais vous vous êtes demandé pourquoi, soixante-dix ans après la mort de Saint-Exupéry, l’auteur du livre, on n’a pas réalisé le film en France : car enfin, s’il existe un roman bien français, c’est celui-là. Or le film a été fait aux États-Unis pour des questions de droits. En effet, puisque l’on considère que l’écrivain est mort pour la France, la loi a prévu une extension de la durée de ces droits. Elle est de trente ans dans ce cas précis (article L. 123-10), et de six à huit ans (articles L. 123-8 et L. 123-9) si l’auteur est simplement mort durant une guerre (cas absurde du Boléro de Ravel, dont le compositeur n’est PAS mort durant la guerre, puisque c’était en 1937, ni mort pour la France, puisque trépassé d’une maladie neurologique apparue en 1933 – or cette œuvre est toujours protégée !), auquel cas la loi Lang de 1985 justifie cette énormité par le fait que la guerre aurait empêché les artistes de gagner de l’argent avec le produit de leur travail. Cette grave question a même été débattue à l’Assemblée nationale, et Isabelle Attard, député écolo, a tenté de faire supprimer ces exceptions en proposant deux amendements... qui ont été repoussés par la Commission culturelle.

Et voilà comment on fabrique des navets états-uniens avec des romans français, et comment on permet à des héritiers (je vous révèlerai un autre jour ce que je pense du système des ayant-droits, acquis par héritage) de se dire que par ici la bonne soupe.

(Bar izi la ponne zoupe, comme disait Beethoven revu par Gotlib)

Publié dans Absurdités

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D
J'ai l'impression que pas mal de gens raisonnables et lucides disent que ce dessin animé est une daube. Malgré les millions de dollars dépensés pour sa fabrication, ce qui généralement musèle les critiques, respectueux du pognon engagé qui serait garant de qualité.
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Y
L’argent n’a jamais rien garanti, heureusement. Voir le film « In the family », grande réussite qui n’a rien coûté.