Henri Tisot, acteur

Publié le par Yves-André Samère

Si le nom d’Henri Tisot n’est pas sur toutes les lèvres, c’est parce que cet acteur estimable, s’il a fait vingt-quatre films de cinéma, n’est jamais paru dans un succès, le plus connu étant Train d’enfer, film antiraciste de Roger Hanin, en 1985, où il n’avait qu’un petit rôle. Mais il avait débuté à 21 ans dans des adaptations de pièces classiques comme Le bourgeois gentihomme et Le mariage de Figaro. Il faut dire qu’au départ, sa vocation était le théâtre, et après avoir suivi à vingt ans les cours de Béatrix Dussane au Conservatoire, il avait été admis l’année suivante comme pensionnaire à la Comédie-Française.

Mais, du jour au lendemain, il devient célèbre en imitant... De Gaulle. Le premier sketch de ce fils d’un père communiste est donc joué au Théâtre de Dix heures, à Pigalle, que Michel Galabru a racheté en 1985 avant de laisser tomber au bout de quatre ans. Ce sketch, intitulé L’autocirculation, est une parodie du discours, réel celui-là, de De Gaulle sur l’autodétermination, qui avait marqué le virage idéologique du président français, passé de la promesse de garder française l’Algérie, à celle de laisser les Algériens musulmans choisir l’indépendance. Ce texte (celui de Tisot) était très drôle, et Tisot imitait parfaitement la voix de son modèle, que pourtant il ne nommait jamais, préférant le désigner par l’expression Qui vous savez. Un disque 45-tours fut aussitôt édité, et le public se l’arracha : un million d’exemplaires vendus, c’était du jamais vu pour un travail d’humoriste. Dès lors, Tisot fut phagocyté par De Gaulle, et dut produire d’autres sketches, dont La dépigeonnisation, prenant pour modèle le discours sur la décolonisation, qui affectait de donner la solution au « grave problème » des pigeons de Paris ! Là, seulement trois cent mille exemplaires se vendirent, mais le sketch était moins bon, et De Gaulle en personne en fit la remarque. Tisot en produisit une dizaine, et vous pouvez en écouter l’intégralité ICI. Sous la vidéo, cliquez sur Plus, et vous verrez un menu permettant de choisir le sketch que vous désirez entendre. Évidemment, le premier est le meilleur.

Tisot, dès lors et jusqu’à la retraite et la mort de De Gaulle en novembre 1970, se produisit sur toutes les scènes de France, et il affichait à la fois son esprit de répartie et son admiration pour celui-ci... tout en n’omettant pas de mentionner, au passage, que la manière dont on avait mis fin à la guerre d’Algérie n’avait pas été si bonne que cela. Par ailleurs, lui-même se distingua en étalant son soutien à la cause animale, qui lui valut l’amitié de Brigitte Bardot, et un catholicisme militant assez étrange, qui ne pouvait que décevoir ses admirateurs moins conformistes, au point de prêcher et de prendre la défense d’Ève, compagne présumée d’Adam.

Par la suite, en 2010, Tisot publia un livre, De Gaulle et moi - Quelle aventure !, dont la préface fut rédigée par l’Académicien Maurice Druon, l’auteur du cycle Les rois maudits et co-auteur du Chant des partisans. Mais il avait entamé une carrière à la télévision, et termina par la célèbre trilogie marseillaise de Marcel Pagnol, où il était Panisse, le personnage de César étant dévolu à Roger Hanin.

Il est mort chez lui, dans le Midi, en 2011, à l’âge de 74 ans. Ses disques sont devenus introuvables, mais, par chance, les enregistrements sur Internet sont impeccables. Profitez-en.

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C
Il me souvient que Tisot , bien avant d'imiter De Gaulle était la vedette d'un feuilleton :Le temps des copains, que nous ne rations jamais . Ils étaient trois, seul tisot a vraiment fait carrière . Je ne me souviens pas avoir revu Claude Rolet dans quoi que se soit. Une certaine ressemblance avec Brialy lui a peut-être nui .Quant au dernier, il est devenu agent d'artistes, un truc dans ce genre ..
l
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Y
Oui, sa filmographie le mentionne.