J’ai peur...

Publié le par Yves-André Samère

Je parie que vous n’avez jamais eu de rapport avec une entreprise de vente par correspondance qui, sur un ton comminatoire, menace les clients ayant OSÉ ne rien lui acheter. Cette entreprise existe, elle s’appelle L’Homme Moderne (sic), Houellebecq la cite à la page 176 de son roman Soumission, elle a un magasin à Paris du côté de la Place d’Italie, mais je n’y suis jamais allé. Vous allez comprendre.

En janvier, en pleine période où l’on nous bassinait avec l’obligation de poser chez nous des détecteurs de fumée, j’étais tombé sur une annonce publicitaire de cette entreprise, qui offrait de nous en envoyer un exemplaire gratuit – seuls les frais d’envoi, modiques, seraient à régler. N’ayant rien à perdre, j’ai passé la commande, et j’ai dû donner mon adresse. J’ai bien reçu le gadget après quelques semaines, bidule que d’ailleurs je n’ai pas utilisé, car j’ai trouvé mieux, c’est-à-dire fabriqué par une marque connue et donnant toutes les garanties exigées.

L’Homme Moderne s’est mis dès lors, ce qui ne m’a pas surpris, à m’envoyer régulièrement son catalogue, vantant dithyrambiquement des articles de médiocre qualité, à des prix qui ne donnaient aucune envie de les acquérir. Je n’ai jamais répondu. Précisons qu’elle a eu aussi la bêtise de m’adresser le catalogue de sa succursale, La Femme Moderne, qui finissait illico dans une poubelle.

Les envois ont duré environ huit mois, sans que jamais j’achète quoi que ce soit, car je trouve tout ce que je veux, soit dans mon quartier, soit sur Amazon.

Mais aujourd’hui, je reçois de ce commerçant avisé autant que diplomate un catalogue auquel est joint cet avertissement terrifiant, imprimé en gras et en lettres rouges majuscules : DERNIER RAPPEL : CECI EST LE DERNIER CATALOGUE QUE VOUS RECEVEZ !

Plus bas, cette mention en caractères gras, dont je respecte la typographie : « J’espère que je n’aurai jamais à vous dire cela Cher Client ! En effet, malgré nos envois réguliers, nous n’avons reçu aucune commande de votre part depuis de nombreux mois. Il n’y a bien sûr aucune obligation, mais je me demande si je dois continuer à vous envoyer notre catalogue. Aussi, vous ai-je réservé une dernière fois 2 Avantages exclusifs et immédiats ». Etc. Le signataire de cette prose s’appelle Pascal Delalande (ce qui me  rappelle fâcheusement Le chien des Baskerville), et je donne son nom parce qu’il serait dommage de laisser sous le boisseau un tel talent.

Je suis terrorisé. Faut-il que je fasse appel au GIGN, s’il existe encore ? Je n’ose plus mettre le nez dehors. Et si un agent commercial déchaîné m’attendait au pied de mon escalier, accompagné d’Augustin Trapenard ? C’est vrai, ça, à force de dédaigner les gens qui ne vous veulent que du bien, on encourt des risques. À présent, je redoute même La Redoute.

Peut-être devrais-je partir pour la Syrie, où l’on doit être davantage en sécurité...

Publié dans Curiosités, Mœurs

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

kotec 30/08/2015 16:12

Ne dite pas de mal du catalogue Manufrance, j'y ai un peu appris à lire et à compter.

De longues heures de découverte des cycles et armes de St Etienne, avec plein de petits dessins en noir et blanc. C'était quand même plus propice à l'imagination que les m...des qu'on peut trouver sur Ebay.

Je serais prêt à payer (pas trop) pour avoir un exemplaire des années 50 .

Yves-André Samère 30/08/2015 19:21

Je n’ai dit aucun mal du catalogue Manufrance. Juste signalé qu’il avait été le premier, ou l’un des premiers.

DOMINIQUE 28/08/2015 22:30

Oui, mes parents recevaient les catalogues. Des tas de trucs sans intérêt. J'étais fascinée par le fait que l'on pouvait proposer à la vente tant de choses inutiles et, il faut le dire, légèrement moches pour certaines.
Quand on y réfléchit, qui a décidé, un jour, de vendre par correspondance des truc-machins pareils ? Pour les non initiés : pendule qui reproduit le chant des oiseaux, couteaux faux Laguiole, parures de bureau en cuir véritable de je ne sais quel animal, stations météo qui prédisent le temps en Mongolie du nord-ouest, etc.

Yves-André Samère 29/08/2015 08:17

Les premières ventes directes par lettres ont commencé au dix-septième siècle, mais le procédé s’est répandu vers 1850, grâce à la baisse des tarifs postaux. Les premiers catalogues sont apparus en France (Manufacture des armes et cycles de Saint-Etienne) et aux États-Unis (Sears 1 Roebuck) – bien que certains attribuent cette innovation à Georges Delbard, en 1935. Il avait une boutique d’horticulture à Paris, quai de la Mégisserie.