Enjoliveurs-28 : « Vocation »

Publié le par Yves-André Samère

À tort ou à raison, je pense que les mauvaises habitudes langagières font davantage de dégâts que les mauvaises habitudes vestimentaires. Le fait de porter sa casquette à l’envers ou un pantalon dont la ceinture trop basse offre une vue imprenable sur vos fesses ne va pas durer plus longtemps que la mode idiote qui le favorise. En revanche, si vous avez pris l’habitude de parler comme une vache espagnole ou comme un babouin, vous la garderez. Pourquoi ? Parce que les modes vestimentaires ont une durée limitée, et sont assez vite remplacées par une autre, tout aussi stupide probablement, mais qui aura une durée de vie bien plus courte : quelle femme porte encore une robe-sac ou une minijupe, quel homme s’affuble encore d’un col « pelle à tarte » ou d’un pantalon « pattes d’éph’ » ? Inversement, les mots et expressions qui vous sont suggérés par les médias, et que vous adoptez parce qu’autour de vous, tout le monde en fait autant, qu’elles ne vous semblent pas excentriques, et qu’elles sont popularisées par des personnes ayant une certaine influence sur les foules – journalistes, vedettes, hommes politiques –, s’incrustent pour des années, voire des dizaines d’années. Autrement dit, en une génération, chez nos contemporains, elles ont modifié la façon, non seulement de parler, mais surtout leur façon de penser ! On le sait bien, que le langage précède la pensée.

Hier soir, au Grand Journal qui l’avait invité, Manuel Valls, Premier ministre, a utilisé trois fois une expression bizarre mais qui se répand : parlant des immigrés clandestins, il a dit que ces personnes « n’ont pas vocation » à pénétrer sur le territoire français. Qu’est-ce que la vocation vient faire là-dedans ? Ne pouvait-il dire qu’elles n’avaient pas le droit d’entrer en France ? Une vocation est, soit un appel au sens religieux ou spirituel, soit une inclination pour un état, une profession ou une activité artistique. En aucun cas, il ne s’agit d’un droit à faire ceci ou cela. Parler de vocation dans ce cas, c’est ce que j’appelle enjoliver le vocabulaire pour se rendre intéressant en ne parlant pas la langue du peuple, au mépris de la langue qu’on croit parler.

Et tout ça finit par entrer dans le Robert !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

C
Cà n'a rien à voir mais bon. Ce matin Patrick Cohen a parlé d'un espagnol nommé Miguel en prononçant
"Migouel" ,comme 3 personnes sur 4 , quidam ou professionnel des média . M'énerve !
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Y
J’ai entendu, et, justement, j’ai fait plusieurs articles sur le sujet, en citant ce nom. J’avais ajouté que des générations d’Espagnols s’étaient marrés en entendant les Français parler de « Louiss-Migouelle Domine-gouine ». C’est difficile à prononcer, l’espagnol !