Danièle Delorme, actrice

Publié le par Yves-André Samère

Danièle Delorme est morte le samedi 17, chez elle, à Paris, à 89 ans, et si son nom ne dit pas grand-chose aux spectateurs du cinéma d’aujourd’hui, elle a tenu une place importante dans le cinéma français. Fille d’un peintre connu qui était ami avec Michel Simon et le grand cinéaste Claude Autant-Lara, et qui avait aussi travaillé comme scénariste pour Jean Renoir, elle a toujours baigné dans le milieu artistique, y compris musical, et elle-même jouait du piano. Néanmoins, c’est dans la comédie dramatique qu’elle est devenue célèbre, et ses deux mariages ont eu lieu dans le milieu du cinéma, d’abord avec Daniel Gélin dont elle a eu un fils, Xavier Gélin, lui-même acteur et producteur, mort en 1999, mais sans l’aura de ses parents, puis avec Yves Robert, auteur des meilleures comédies des années cinquante à quatre-vingt-dix. Et si vous connaissez La guerre des boutons dans sa première et seule bonne version – justement celle d’Yves Robert, et dont elle était co-productrice via leur société La Guéville –, elle était aussi la tante de P’tit Gibus, autrement dit Martin Lartigue, qui est devenu peintre en grandissant.

L’un des meilleurs films de Danième Delorme fut un drame, Voici le temps des assassins (photo ICI) , où elle jouait une petite arriviste qui séduisait l’honnête commerçant Jean Gabin, puis son fils adoptif incarné par Gérard Blain, afin de le dépouiller de ses économies. Le film était du grand Julien Duvivier, l’un des meilleurs auteurs du cinéma français, à la vision très noire.

Politiquement très à gauche, elle avait participé à la Résistance, sous la direction de son père André Girard, qui avait fondé un réseau contre les nazis, sa mère fut d’ailleurs arrêtée par la Gestapo et déportée – elle sera libérée –, et elle-même, recherchée, trouva un abri chez Pierre Brasseur puis chez Jacques Prévert, à Montmartre. Mais assez vite, en 1942, elle gagne Nice et joue dans des films, pour une succession de petits rôles qui ne deviennent de grands rôles qu’à partir de 1950, quand Clouzot l’engage pour Miquette et sa mère (la seule comédie signée par lui, avec Bourvil).

Elle eut alors une liaison avec Daniel Gélin, qui deviendra son premier mari en 1955, mais dont elle divorcera dix ans plus tard pour épouser Yves Robert l’année suivante. Cette fois, c’est pour de bon, et ils resteront ensemble jusqu’à sa mort en 2002.

Très opposée à la guerre d’Algérie et à De Gaulle (qui l’avait déclenchée !), elle soutiendra Mitterrand, puis Jospin, et fut même interrogée par la Police Judiciaire pour avoir manifesté en mai 1968 ! Mais sa contribution au cinéma est considérable, et Pierre Richard, entre autres, doit beaucoup aux films qu’il a fait avec elle et Yves Robert, avant de réaliser les siens propres. Mais on l’a beaucoup vue au théâtre et à la télévision, même si ce n’est pas ce qu’elle a fait de mieux.

Dans le métier, elle était très aimée, et admirée.

Publié dans Acteurs, Cinéma, Paris

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M
Merci de cette notice. J'aimais beaucoup, moi aussi, Danièle Delorme, et ne connaissais pas tous les épisodes que vous retracez, sachant surtout qu'elle avait vécu avec Daniel Gélin (j'étais d'ailleurs persuadé qu'elle figurait avec lui dans "Rendez-vous de juillet" et ai dû aller vérifier que ce n'était pas le cas !) puis Yves Robert. Au sujet de ce dernier je partage totalement votre avis, et je trouve qu'il est malheureusement et injustement sous-estimé. Beaucoup de ses films sont de vrais bijoux d'équilibre et de ton.
Pour en revenir à Danièle Delorme, je trouve qu'elle avait à la fois beaucoup de fantaisie et d'élégance. Je ne suis pas surpris qu'elle ait été très appréciée.
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Y
À propos de « Rendez-vous de juillet », j’ai eu la même pensée et fait la même vérification ! Et c’est vrai qu’élégance et fantaisie la définissaient très bien. Quant à Yves Robert, oui, il a été l’un des meilleurs auteurs de comédie, et je revois souvent ses films, dont « Alexandre le bienheureux », une merveille d’impertinence.