Harcèlement bureaucratique

Publié le par Yves-André Samère

Le capitaliste avide que je suis ne peut manquer d’avoir plusieurs comptes en banque. J’ai aussi une assurance-vie. Et je précise qu’une assurance-vie n’est PAS une assurance-décès, mais une sorte de super-caisse d’épargne, où le montant des sommes déposées n’est pas limité, et qui offre un taux d’intérêt triple de celui servi par les caisses d’épargne. Par conséquent, si vous planquez vos sous à la caisse d’épargne, vous êtes un bon citoyen puisque ces caisses financent les logements sociaux, mais la fierté qui doit vous remplir est compensée négativement par le sentiment d’être un pigeon. Mais vous faites ce que vous voulez...

La boîte qui tient mon assurance-vie a bonne réputation, et, pendant des années, elle m’a fichu la paix – c’était réciproque, puisque ne rien demander à l’autre, dans un couple, c’est l’idéal du bonheur. Mais voilà que, le mois dernier, elle m’envoie un questionnaire à remplir, me précisant que, pour « mettre à jour mes données personnelles », elle a besoin d’une photocopie de ma carte d’identité. Cette lettre, qui est sur papier, émane d’une adresse que je connais, ce n’est donc pas un faux, mais c’est l’exigence qui me hérisse.

Avec le charmant caractère que vous me connaissez, et qui constitue cinquante pour cent de mon charme (le reste est dû à mon physique), je renvoie le papelard sans le remplir, barré de la mention « Sans objet, rien n’a changé dans mes données personnelles, vous avez déjà tout dans mon dossier ». Non mais.

Aujourd’hui me parvient une seconde lettre, signée d’une certaine directrice de la gestion, qui remet le couvert, m’appelle « Cher Adhérent » avec des majuscules, en n’oubliant pas de me passer un peu de pommade mentionnant ma confiance et ma fidélité – une vraie révélation pour moi. Cette fois, je me fends d’une lettre très à cheval, disant que rien ne sert d’insister lourdement à la manière d’un robot, que je ne lui enverrai pas de copie de ma carte d’identité, attendu : 1. qu’aucune loi ne m’oblige à en avoir une ; 2. que je n’en ai donc pas ; 3. que je n’ai non plus aucune intention de m’en faire fabriquer une, rien que pour satisfaire son goût de la bureaucratie ; et 4. que l’Union soviétique est morte de sa belle mort en 1989, merci à Gorbatchev. Et que, donc, si vraiment l’absence de ma carte d’identité est un obstacle rédhibitoire à la tenue de mon compte chez elle, c’est simple (comme radote le petit foutriquet de la télé qui, cinq fois par soirée au Grand Journal, fait de la pub pour les bagnoles électriques) : sa boîte n’a qu’à me virer, j’en connais une demi-douzaine d’autres qui rêvent d’accueillir ma fortune.

Affaire à suivre, comme on dit dans les journaux bien écrits.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
C'est le genre de lettres que j'aime écrire, face aux absurdités paperassières. Je travaillais à l'époque du fameux "bug de l'an 2000" dans une entreprise dont l'actionnaire majoritaire était yankee. Ils ont été jusqu'à nous faire vérifier que les fax pouvaient passer le fameux cap... avec formulaires à l'appui. Tout juste s'ils ne nous ont pas demandé un bulletin de santé pour savoir si nous aussi nous passerions l'an 2000.
Le test des fax a été très vite fait. Et les formulaires remplis les yeux fermés.
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Y
Des années avant l’an 2000, on nous avait bassiné avec cette histoire de « bug », et j’avais participé à une émission-téléphone de France Inter, expliquant qu’il n’y avait aucun risque que nos ordinateurs tombent en panne. Tous ces beaux messieurs avaient avancé que je n’y connaissais rien. Mais, au jour fatidique, il n’y a pas eu le moindre incident où que ce soit ! Et c’était à mon tour de rire.