J’ai un truc à vous dire

Publié le par Yves-André Samère

Alain Rey, arbitre des élégances sémantiques et patron du dictionnaire des cancres (vous avez reconnu le Robert), dirait sans doute que la langue doit évoluer. Moyennant quoi, jamais on ne l’a entendu regretter la disparition des mots et expressions que tout le monde connaissait, et qui, surtout, étaient indispensables (les cons disent incontournables). Ainsi, je n’ai plus entendu ni lu depuis le vingtième siècle le verbe commencer : on préfère désormais le remplacer par une faute criante de français, et dire « démarrer une voiture » ou « débuter une carrière » – alors que ces deux derniers verbes ne peuvent pas admettre de complément d’objet direct. De même, plus personne ne travaille ; pas besoin, puisque chacun préfère bosser.

Mais laissons ces cas particuliers, dont j’ai déjà parlé, et visons une autre cible.

Avant le tournant du présent millénaire, en janvier 2001 (mais non, pas 2000 !), dans les films et téléfilms, si un personnage disait en anglais something, ou algo en espagnol, ou qualcosa en italien, voire etwas en allemand ou shay’ ma en arabe, le dialogue et les sous-titres traduisaient correctement par le français quelque chose. Or, aujourd’hui, les Anglais disent toujours something, les Espagnols algo, et ainsi de suite, de sorte que, chez eux, rien n’a changé. Mais en France, on ne saurait faire comme tout le monde, et l’expression correcte quelque chose a été impitoyablement éliminée au profit de « un truc ». Tendez l’oreille ou lisez les sous-titres, vous constaterez que c’est vrai dans cent pour cent des cas : j’ai un truc à faire, j’ai un truc à t’dire, j’ai oublié un truc, etc. Autrement dit, ce quelque chose, qui n’avait pourtant pas démérité, a été envoyé au cimetière des expressions passées de mode.

Pour quelle raison les Français chamboulent constamment leur vocabulaire et remplacent par des vulgarités les mots de leur langue, je n’en sais rien. On demande à l’ayatollah Rey ?

Publié dans Vocabulaire à la con

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DOMINIQUE 31/10/2015 05:49

Tout ceci est une question de manque de vocabulaire. Comme il faut s'adresser au plus grand nombre, dont mon neveu, on croit nécessaire d'employer des mots simplets. De peur de ne pas être compris.
Comme cette flemme de traduire les mots anglais, par exemple "pitch" par "résumé" "présentation" "thème" "argument"...

Yves-André Samère 31/10/2015 20:47

Les Français semblent incapables de prononcer les mots tels qu’ils sont. Soit ils les raccourcissent (p’tit déj’, appart’, info, actu, à plus), soit ils les rallongent (au jour d’aujourd’hui, instrumentaliser, solutionner, moi personnellement, maximiser, relationnel, sociétal).