Les maires de Paris

Publié le par Yves-André Samère

Paris n’est pas tout à fait une ville comme les autres, au moins sur le plan administratif. Et c’est une conséquence de sa réputation redoutable, d’être une ville qui s’oppose constamment au pouvoir central du pays. Lequel, en réaction, s’efforce de couper les ailes à ses édiles.

Cela a commencé avec Étienne Marcel, qui avait le titre de « prévôt des marchands », et qui, le 22 février 1358, a le premier humilié la monarchie en imposant sous la menace ses conditions au dauphin, futur Charles V. Et, deux siècles plus tard, en 1589, la capitale refuse de reconnaître l’autorité du roi Henri III, puis du futur Henri IV, qui dut l’assiéger, puis se convertir au catholicisme pour en venir à bout (souvenez-vous du célèbre « Paris vaut bien une messe »). Louis XIV s’en est souvenu, surtout lorsque la Fronde, révolte opposée au pouvoir royal, est soutenue par la municipalité. Du coup, le roi s’installe à Versailles, et s’empare de la tutelle de la municipalité, en nommant lui-même, chaque année, le prévôt des marchands et deux sur quatre de ses échevins – lesquels, ensuite, doivent lui prêter serment. Et la police est confiée à un lieutenant général de police, qu’il nomme ou révoque à son gré. Présenté par Colbert, ministre des Finances, Nicolas de La Reynie deviendra célèbre dans cette fonction, à partir de 1667 et durant trente ans. Bref, Paris n’a plus de chef choisi par ses habitants !

Le 14 juillet 1789, la ville se rebelle à nouveau, son prévôt des marchands est tué, le lieutenant général de police s’enfuit, et, les 5 et 6 octobre, le peuple de Paris va chercher Louis XVI à Versailles pour l’obliger à s’installer au palais des Tuileries, qui jouxtait le Louvre (il a disparu, incendié par la Commune). Puis, l’année suivante, un décret donne un premier maire à la capitale, élu par... les citoyens payant un certain taux d’impôts. L’élu, maire de fait et par acclamations depuis le 15 juillet 1789, s’appelle Jean Sylvain Bailly, astronome et mathématicien, mais il finira mal : pour avoir refusé de témoigner contre la reine Marie-Antoinette, alors qu’il n’est plus maire depuis deux ans, il sera guillotiné en 1793. Mauvais début. En 1794, Robespierre installe à sa place un de ses partisans, Fleuriot-Lescot, qui sera aussi exécuté.

Bonaparte ayant accédé au pouvoir suprême, il supprime la fonction de maire de Paris et le remplace par un préfet. Qu’il nomme, évidemment, de même que le préfet de police, nouveau poste. Si bien que les Parisiens se tiennent tranquilles, jusqu’en juillet 1830, quand ils chassent le roi Charles X. Le lointain successeur de Napoléon, son prétendu neveu Napoléon III, pas encore autoproclamé empereur, accepte deux maires en 1848, mais l’empereur qu’il devient ensuite les supprime, et il faut attendre la République, en 1870, pour en avoir deux, à nouveau, Étienne Arago, puis Jules Ferry. Mais, en 1871, la fonction passe derechef à la trappe, et il n’y a plus qu’un président du conseil municipal, jusqu’en... 1975, quand Giscard, président de la République, décide de rétablir la fonction de maire. Mauvaise pioche, l’élu est Jacques Chirac, qui le déteste, et qui utilisera la fonction pour tenter de lui succéder, puis, faute d’y réussir, pour faire élire Mitterrand en 1971. Il ne sera élu à la présidence qu’en 1995, et, pour la première fois, maire de Paris et président de la République sont du même bord. Un grand bond en avant !

Publié dans Politique, Paris

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