De quelques crimes parfaits (1)

Publié le par Yves-André Samère

Mon titre, je le dois à un roman policier assez humoristique d’un écrivain que j’apprécie beaucoup, Hubert Monteilhet. Il est aussi l’auteur de romans historiques, dont les seuls que j’ai lus sont Néropolis et La Pucelle – je vous laisse deviner quels en étaient les sujets.

Je suis assez attiré par cette notion de crime parfait, non pas que je veuille en commettre un, quoique. Je compte d’ailleurs écrire deux ou trois articles là-dessus, mais on verra bien. Mais tout de suite, débroussaillons : le crime parfait n’est pas le crime impuni. Je n’ai pas fait de statistiques pour affirmer lequel est le plus fréquent, néanmoins, par définition, le crime parfait reste ignoré, alors que le crime impuni est connu de tous, or, pour une raison ou pour une autre, son auteur n’a pas été poursuivi. Et comme je sens que vous brûlez de voir où est la différence, je prendrai un exemple : Hissène Habré, qui a été un chef rebelle au Tchad dans les années 1970 avant de devenir président de la République tchadienne, s’est d’abord signalé en enlevant Françoise Claustre, ethnologue française en mission dans le pays pour le compte du Centre National de la Recherche Scientifique, et en la gardant en otage durant plus de trois ans, car il exigeait que la France lui fournisse des armes. Déjà, c’était un crime, mais lorsque le gouvernement français lui a envoyé un négociateur, le commandant Pierre Galopin, il a fait froidement fait fusiller celui-ci le 4 avril 1975, après l’avoir fait torturer. Second crime. Dont ni l’un ni l’autre ne sont restés ignorés, puisqu’ils étaient connus de toute la population française, sans parler de l’étranger.

Or, le 14 juillet 1987, Hissène Habré, devenu entre-temps président de son pays, a été invité dans la tribune officielle, sur les Champs-Élysées, lors du traditionnel défilé militaire de la Fête Nationale, par Mitterrand, alors président de la République. Et rappelons qu’il n’est pas d’usage qu’un chef d’État étranger assiste à cette cérémonie, puisque ce rarissime honneur fut refusé, quatre ans plus tard, au président des États-Unis, George Bush père, qui avait souhaité saluer les troupes françaises ayant participé à sa Guerre du Golfe.

La politique française étant ce qu’elle est (mais ne devrait pas être), crime impuni, donc. Pour ne pas dire honoré !

Allons, dans mon prochain article, on verra le crime parfait sous un angle moins sordide, celui de la littérature : je vous parlerai de Shakespeare.

Publié dans Histoire, Livres

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