Déboulonnons : Sade

Publié le par Yves-André Samère

J’ai lu Sade assez tôt, avec un roman qui ne m’avait pas semblé si « sulfureux », Aline et Valcour. Mais j’ai découvert ensuite ses ouvrages quasiment prohibés, le plus anodin étant Justine et le plus terrible, Histoire de Juliette. Or, presque immédiatement, j’ai trouvé qu’on en faisait des tonnes, et que le prétendu « divin marquis » [sic] n’était pas du tout le grand écrivain que voient en lui ses admirateurs.

Mais qu’est-ce qu’un grand écrivain ? Quelqu’un qui a du style ? Désolé, mais cela ne suffit pas. Le contenu de ses ouvrages ne compte pas moins. Victor Hugo EST un grand écrivain, il a une pensée, ce qu’il raconte vise un but précis, la Justice et le bonheur de l’humanité, et son influence est incontestable. En revanche, Jean d’Ormesson est un bon écrivain, mais pas un grand écrivain. Pas plus qu’Henri Troyat, Roger Peyrefitte ou André Maurois, car ceux-là n’ont rien à dire, même s’ils le disent bien. Et puis, entre les deux, quelques cas particuliers, ceux des écrivains que chacun admire et qui m’ennuient : Proust, (jamais pu dépasser sa quarantième page), Simenon –, ou que je déteste, comme Céline. Leur style ne me fait aucun effet, ce qu’ils racontent ne m’inspire rigoureusement rien.

Eh bien, Sade, c’est pareil, il a un style – assez bizarre –, mais c’est un malade mental, et les horreurs qu’il imaginait pour s’exciter lui-même durant ses séjours en prison me laissent de marbre. Lisez quelques pages de lui, par exemple le dernier chapitre de l’Histoire de Juliette, qui est le pire du pire, et vous comprendrez ce que je veux dire : pour s’exciter sexuellement, Juliette enfourne sa propre fille de six ans dans une cheminée allumée, et l’y maintient jusqu’à ce que la pauvre enfant soit carbonisée, pendant que son partenaire masculin poignarde son fils de dix ans et sacrifie son fils de dix-huit ans, après s’être fait sodomiser par lui. Bonjour la grande littérature.

Mais il se trouve que des sots puissamment lettrés voient en lui un grand révolutionnaire, sans doute sous prétexte qu’il a inclus dans La philosophie dans le boudoir un interminable chapitre, Français, encore un effort si vous voulez être républicains ! Mais Sade n’était pas du tout un partisan d’une quelconque république. En fait, il haïssait le peuple autant qu’il haïssait les femmes (et les enfants, voir plus haut), et n’avait en tête qu’un seul principe : si tel vice me procure du plaisir, qu’importe autrui, ce qu’il pense, ce qu’il ressent, et les souffrances que je lui inflige. Ce qui compte, c’est moi, moi, MOI.

Sade n’avait rien à dire, c’était un pur cinglé, autant en littérature que dans sa vie privée, et s’il a passé autant de temps en prison (saviez-vous qu’il était à la Bastille, et n’a été libéré qu’une semaine avant la fameuse révolution ?), ce n’était pas à cause de ses écrits, mais de ses actes. Renseignez-vous.

Publié dans Déboulonnons

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 06/12/2015 07:22

Ah, mais dire que l'on aime Sade, c'est le frisson de l'interdit, traverser une frontière interdite par le bon bourgeois, bref se faire une image d'intellectuel qui sait débusquer la rose qui pousse sur le fumier (comme Philippe Solers, par exemple).
Après, grand, bon, chacun trie. J'aime Proust, Céline, n'y arrive pas avec Simenon. Et puis, je pense qu'à vingt ans on n'a pas les mêmes goûts littéraires qu'à soixante. Heureusement, on évolue !

Yves-André Samère 06/12/2015 12:41

Il existe toujours. Mais l’Espace culturel Paul-Bédu le garde jalousement. C’est à Milly-la-Forêt. Voir ici : http://www.milly-la-foret.fr/Le-Boronali-a-100-ans

DOMINIQUE 06/12/2015 12:29

Boronali : croyez-vous que son tableau existe toujours ? On devrait l'exposer au Louvre.

Yves-André Samère 06/12/2015 12:14

Je ne dirai pas l’inverse, car je n’aime pas Picasso et j’aime Monnet. Et aussi Renoir, et Matisse, et Leonardo (mais non, pas DiCaprio), et Michelangelo, et Raphaël, et le Caravage, etc. Dans mes bons jours, je vais jusqu’à aimer Boronali !

DOMINIQUE 06/12/2015 11:48

A chacun son avis. Son langage ne m'a pas particulièrement séduite, mais ce qui se dégage du fond et de la forme m'a plu.
Par contre, Solers (et d'autres, genre Houellebeck) me fatiguent, car ils me paraissent artificiels.
C'est un peu comme vous dire que je n'aime pas Picasso et que j'aime Monet. Vous pouvez me dire l'inverse.

Yves-André Samère 06/12/2015 08:48

Si l’un de ceux-là pratique l’épate-bourgeois, c’est bien Céline. Ce langage pseudo-popu est ridicule. Quelle affectation !

kotec 05/12/2015 21:36

Longtemps, je me suis couché de bonne heure pour commencer un voyage au bout de la nuit ..... avec un bon roman de S.F.
c'était trop tentant :-)

DOMINIQUE 06/12/2015 07:23

En effet, Kotec, il ne fallait pas la rater, celle-là !!!