L’inspiration venue des États-Unis

Publié le par Yves-André Samère

Chaque fois que chez nous une règle ou une coutume idiote s’installe, vous pouvez être à peu près certain qu’elle vient des États-Unis. Voyez plutôt Halloween ou le Père Noël. Mais comme je connais assez bien le cinéma, je me suis intéressé à la durée des génériques de début et de fin des films d’autrefois et d’aujourd’hui, puisqu’il ne peut échapper à personne qu’il y a eu du changement inflationniste en ce domaine. J’ai donc vérifié la durée de ces verrues sur quelques films célèbres du passé. Voici ce que duraient les génériques pour ces films :

- Casablanca, en 1942 : respectivement 63 secondes et 13 secondes ;

- Lola Montès, en 1955 : 100 secondes et 111 secondes ;

- Vertigo, en 1958 : 160 secondes et 0 seconde ;

- La grande évasion, en 1963 : 119 secondes et 78 secondes ;

- My fair lady, en 1964  : 217 secondes et... 0 seconde.

Le plus souvent, les génériques de fin se résumaient en un tableau d’une ou deux pages donnant les noms des acteurs, et c’était tout. Mais les syndicats veillaient au grain, et, à coups de grèves, ils ont imposé que soient nommés aux génériques de fin :

- les noms des acteurs, cités DEUX FOIS, les vedettes au début, puis tout le monde, vedettes comprises, au milieu (il y a 144 acteurs dans le Lincoln de Spielberg) ;

- les noms de TOUS les techniciens, y compris les caméramen et les assistants, les fournisseurs de la cantine, les chauffeurs des vedettes, leurs assistants personnels, leur habilleur et leur coiffeur, leur maquilleur personnel, le ou les assureurs du film, TOUS les cascadeurs, le personnel qui a conçu et construit les décors, les preneurs de son, les accessoiristes, les bruiteurs, le focus puller (un type qui utilise un mètre à ruban pour mesurer la distance entre l’objectif de la caméra et l’objet à filmer, qui ne fait que ça, et personne d’autre n’a le droit de le faire), les machinistes qui poussent le chariot de travelling quand la caméra doit se déplacer, le personnel complet des dix ou douze firmes qui ont assuré les trucages mécaniques ou informatiques, les titres de toutes les chansons entendues dans le film, avec les noms des auteurs, interprètes et éditeurs, le location scout (mais non, ce n’est pas un type qui loue des scouts, c’est celui qui recherche des endroits où tourner en extérieur), les ventouseurs (ceux qui, pour des tournages dans la rue, réservent à l’avance les places où stationneront les voitures qu’on doit voir à l’image), les bruiteurs, l’auteur de la musique de fosse (c’est la musique superposée aux images sans aucune source visible dans la scène), et j’en oublie la moitié ou les trois quarts ;

- le nom de tous les organismes, chaînes de télé ou autres, qui ont participé au financement, et qui exigent de mettre leur logo au début ET à la fin, ce qui rallonge le film d’une minute ou deux ;

- la marque de tous les produits qui apparaissent dans le film et qui ont payé pour y être, ce qui s’appelle « placement de produit » et qui explique qu’on voit si souvent des ordinateurs Apple dans presque tous les films, mais jamais de PC.

Inévitablement, les génériques de fin, qui ne duraient que quelques secondes autrefois, ne durent aujourd’hui jamais moins de six minutes, j’en ai vu qui allaient jusqu’à neuf, et l’on doit, pour les accompagner, composer une musique qui n’était pas prévue au départ. Or les auteurs de films n’y peuvent rien, au point que, pour son Titanic, James Cameron ne voulait pas de la chanson interprétée par Céline Dion à la fin, mais les producteurs la lui ont imposée, et le public croit que la brailleuse canadienne fait partie du film.

Dans un autre article, je vous parlerai d’autres bizarreries du cinéma. Vous verrez à quel point c’est bureaucratique, absurde, pas piqué des hannetons. Même Jerry Lewis, Laurel et Hardy ou les Marx Brothers n’auraient jamais inventé de telles incongruités.

Publié dans Absurdités, Cinéma

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