On a perdu Balthazar !

Publié le par Yves-André Samère

C’est rare mais ça arrive : jeudi soir, le Petit Journal, dans son ardeur à dénicher des sujets originaux et permettant de se moquer des gens en place, s’est planté lamentablement. Il a trouvé une commune dirigée par un maire du Front National, et qui a cru bon de faire installer, sur une place de sa ville, une crèche de Noël, dans laquelle le personnage de Balthazar, l’un des trois « rois mages », n’est pas noir. Scandale ! Racisme larvé, etc., on imagine. Partout ailleurs, y compris sur la Place Saint-Pierre au Vatican, on trouvera une crèche dans laquelle Balthazar est noir. Faut respecter la vérité historique, les gars.

L’embêtant, c’est que le Vatican, un endroit où l’on sait très bien que cette histoire de rois mages n’est qu’une légende pour les enfants – un peu comme le Père Noël –, prête consciemment la main à une lubie née au quatrième siècle et qui... contredit la Bible ! Un peu comme si le ministre de l’Intérieur commettait une attaque de banque à main armée.

Je connais assez bien la Bible, figurez-vous, pour l’avoir lue de A à Z, de même que les évangiles apocryphes, ceux qui ont été écartés et ne sont donc pas officiels. Et, hormis une citation modeste dans le seul apocryphe qui en parle, le plus ancien, le Protévangile de Jacques, cet épisode ne figure QUE chez l’évangéliste Mathieu, au chapitre 2, versets 1 à 12. Si vous avez la flemme de les lire, en voici le contenu : des mages (pas des rois) venus d’Orient vont trouver le roi Hérode et lui demandent où se trouve « le roi des Juifs », car ils ont « vu son étoile en Orient ». Le roi se renseigne et les envoie à Bethléhem. Les mages trouvent « la maison » (pas une étable), voient Jésus et sa mère (pas Joseph, ni aucun bœuf et autre âne gris), déposent leurs cadeaux, et s’en vont. Fin du film. À peine un court métrage. Mathieu ne dit pas qu’ils sont trois, et ne donne pas leurs noms. Pas de Noir, pas de Balthazar, rien !

Au quatrième siècle, le bon peuple, qui veut du merveilleux, se laisse convaincre que les visiteurs sont trois, qu’ils sont astronomes et s’appellent Melchior, Gaspard et Balthazar – noms totalement absents de la Bible. Au dixième siècle, on imagine qu’ils sont aussi rois. Au seizième, on leur trouve une origine géographique, Melchior étant un Blanc européen, Gaspard, un Jaune venu d’Asie, et Balthazar, un Noir venu d’Afrique. Ce qui fait du christianisme une religion vachement universelle, vous aviez compris ! Et le tout est parachevé à la fin du treizième, quand Iacoppo da Varazze, dit Jacques de Voragine, chroniqueur italien mort en 1298, écrit La légende dorée, l’histoire de cent cinquante saints et martyrs. Là, il enjolive encore un peu le tableau, donne à Melchior, vieillard, une barbe et des cheveux blancs et lui fait offrir de l’or, rapporte que Gaspard est jeune, imberbe et rouge de couleur, et lui fait offrir de l’encens, et précise que Balthazar est noir et offre de la myrrhe.

Tout cela n’est donc que de la littérature, et on peut s’étonner que les pères de l’Église valident ces élucubrations. En somme, pour soutenir ce qu’ils disent être la vérité, ils se servent d’un bobard avéré ! Bobard que le Petit Journal, où l’on ne brille pas par la culture (ah ! les fautes de français de Barthès...), a gobé.

Publié dans Bobards, Religion, Télévision

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

G
Gaspard: pas très asiatique comme prénom, et un Jaune, rouge de couleur, c'est bien supérieur à ce que je peux gober.
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D
Savez-vous ce qu'est un chalumeau ?
Un dromadulaire à deux bolusses.
Suis-je dans le ton ?
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Y
Je suis perplexe. Il faut que je téléphone à Ruquier.
D
Oui, ce n'est qu'une légende, donc qui ne correspond à aucune vérité historique, mais je l'aime bien et scrupuleusement j'installe dans la crèche mes rois mages après le 25 décembre, dont Balthazar. Et le dromadaire. Indispensable, le dromadaire. Surtout que le mien a un air fourbe.
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Y
Je suis certain que la Drôme adhère à vos choix.