Déboulonnons : Cabu

Publié le par Yves-André Samère

Je serai bien entendu moins sévère avec Cabu qu’avec Mitterrand ou « mère » Teresa, car j’admets volontiers que Cabu avait quelques qualités : il aimait Charles Trénet, détestait Johnny Hallyday (qui va chanter pour lui et ses copains, ce soir, Place de la République), il était gentil, riait tout le temps, et il ne dessinait pas trop mal – sans être, et de très loin, le meilleur dessinateur d’humour en France, car l’inspiration ne suivait pas. Mais enfin, je n’étais pas de ses admirateurs, parce que, justement, il dessinait beaucoup trop, et donc il radotait souvent. Sa bande hebdomadaire en page 7 du « Canard enchaîné » ne sortait quasiment jamais de ses thèmes favoris, ressassés jusqu’à l’obsession : la police et les militaires. Outre « Le Canard », nul n’ignore qu’il travaillait aussi à « Charlie Hebdo », mais, hors Paris, on sait peu qu’il fournissait une page entière au bulletin mensuel et publicitaire de la Mairie de Paris, qui le payait royalement et lui a consacré une exposition dans ses locaux, Rue de Rivoli.

Cabu clamait qu’il détestait l’armée, car il avait gardé un très mauvais souvenir de son service militaire (vingt-sept mois, c’était alors la norme), en Algérie. Ce pour quoi il a écopé de six procès, qu’il a perdus. Autrement dit, d’un grief personnel, il avait fait une philosophie, et d’une protestation, À bas toutes les armées !, un slogan politique. Si bien qu’il militait pour le pacifisme et un ridicule désarmement unilatéral. En conséquence, que la France supprime son armée, les autres pays suivront ! On imagine très bien la mode lancée comme la collection d’hiver chez Yves Saint Laurent. « Pourquoi ne pas essayer la non-violence ? On n’a jamais essayé ! ». Certes, certes, aucun doute que si on avait opposé aux hordes hitlériennes des délégations de non-violents armés de bouquets de fleurs, il n’y aurait jamais eu de Deuxième guerre mondiale. Avec les Japonais, peut-être, qui adorent les cerisiers en fleurs ? Eh bien je ne marche pas. Qu’on soit pacifique, oui. Mais pacifiste, non !

On a peu dit, voire pas du tout, que Cabu gagnait énormément d’argent. Cela lui avait permis d’acheter suffisamment d’actions de « Charlie-Hebdo » pour en devenir le deuxième plus gros actionnaire, après Philippe Val. Aujourd’hui, le plus gros actionnaire, c’est Riss, qui s’est élu directeur du journal.

Bref, Cabu avait créé le personnage du Beauf, mais par ses obsessions et ses jugements hâtifs, ne l’était-il pas un peu lui-même ?

Publié dans Déboulonnons

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

cacciarella 11/01/2016 11:53

Pourquoi QUE 27 mois ? Pistonné , sans doute . Moi (et tant d'autres) on fait 28 .

Yves-André Samère 11/01/2016 11:55

Privilégié !