Déboulonnons : « Mère Teresa » (3)

Publié le par Yves-André Samère

Regardez cette image. Vous avez reconnu le personnage de droite (et doublement de droite !), l’autre n’étant qu’un miséreux anonyme destiné à mettre le premier en valeur. Cette photo n’a pas été prise par un quelconque paparazzo, elle est signée d’un grand maître indien, Raghu Rai, né en 1942 dans l’actuel Pakistan, et qui vit à Delhi. Autant dire que ses photos sont chères. Il en a fait tout une collection, et celle-ci a été prise en 2004 (ou 2005, il y a imprécision sur la date) et publiée, soit dans Mère Teresa, aux Éditions de La Martinière, à Paris, soit dans Mother Theresa: a life of dedication, ouvrage de 128 pages publié chez Abrams Books le 1er avril 2005.

Mais que montre cette photo ? Une femme qui pose, dans une attitude très étudiée, destinée à produire une impression chez celui qui la regarde. Autrement dit, une femme qui, maîtrisant les médias, soigne sa réputation, tout comme une vedette de cinéma, en jouant l’humilité qui ne révèle que son goût pour l’affectation. Voyez la composition de l’image : la « mère » est debout, bien éclairée, sa silhouette se détache sur le fond blanc, elle lève les yeux au ciel et ne regarde pas le malheureux assis sur le sol, vêtu de pauvres hardes, dont elle tient la main, et qui lui porte un regard de vénération. Derrière eux, le décor, très dépouillé, réduit au minimum, suggère la pauvreté totale, qui était de rigueur dans tous les établissements sur lesquels elle régnait. Pourtant, l’argent affluait, produit des dons qui venaient de partout, et la fortune des Missionnaires de la Charité, organisation qu’elle avait créée, était immense et aurait suffi à édifier au Bengale d’innombrables établissements de santé, alors que, dans ses mouroirs, on ne distribuait jamais le moindre médicament, pas même les antidouleurs, qu’elle avait interdit...

Vous croyez vraiment que cette composition est due au hasard ? Elle montre au contraire qu’on n’a visé que l’effet, comme dans un studio de cinéma, et que le personnage principal joue un rôle qu’elle connaît par cœur. Or c’est bel et bien le cas, et tous qui ont suivi la carrière soigneusement planifiée de cette femme savent qu’elle maîtrisait parfaitement l’utilisation des médias,  tout comme son amie Diana, la prétendue « princesse du peuple ». Cette carrière, elle l’a menée de bout en bout, avec le pape Jean-Paul II, qui était politiquement du même bord, et l’a quasiment sanctifiée de son vivant. Avec succès, puisque tous les deux seront inscrits au calendrier catholique dans le courant de cette année.

Un jour, quelqu’un a dit qu’on pouvait tromper tout le monde durant quelque temps, ou tromper quelques-uns durant un temps infini, mais qu’on ne pouvait pas tromper tout le monde tout le temps. Celui-là ne connaissait pas « mère » Teresa. Cet exploit, elle a été la seule à le réussir.

Publié dans Déboulonnons

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 18/01/2016 22:57

Cela n'a rien à voir avec la mère thérésa, quoique, mais cette photo me fait penser à BHL en treillis sur un char, les cheveux au vent et l'air martial.

Yves-André Samère 19/01/2016 04:59

Deux imposteurs !