Le sérieux des évangiles

Publié le par Yves-André Samère

Ce n’est peut-être pas d’un intérêt brûlant, mais le Nouveau testament, qui compte les quatre évangiles officiels (on dit « canoniques », quand on est bien élevé – chez les sœurs ?), suivis par les Actes des apôtres et autres menus textes où Paul se taille la part du lion (rédacteur en chef ?), présente une petite curiosité à laquelle nul ne prête attention : le premier évangile qui apparaît dans le recueil est celui de Mathieu. Or ce n’est pas le premier texte écrit, puisque celui de Marc, chronologiquement, a précédé les trois autres, et fut rédigé d’après un texte qui est perdu et qu’on désigne par « la source Q » – cette lettre étant l’initiale du mot allemand Quelle, qui signifie justement source. En quoi le pléonasme ne faisait pas peur au premier qui l’a baptisée ainsi.

Marc a écrit son texte vers l’an 70, donc trente ou quarante ans après la mort présumée de Jésus, ce qui exclut qu’il l’ait connu. Alors que Mathieu a écrit le sien vers les années 80-90 (Luc aussi), ce qui devrait mettre la puce à l’oreille des naïfs qui pensent que ce Mathieu était l’un des apôtres, alors que c’était un homonyme, de toute évidence. Et comme on ne sait strictement rien de ces deux évangélistes, c’est assez farce que le Vatican en ait fait des saints. Le procès en canonisation a dû être pittoresque.

Marc ne s’intéresse pas du tout à l’enfance de Jésus, il commence son récit par Jean le Baptiste, et raconte, au verset 9, qu’il a baptisé Jésus dans les eaux du Jourdain, au moment où Jésus est adulte et commence sa carrière en allant illico passer quarante jours dans le désert, où il est tenté par Satan.

Ce sont donc Mathieu et Luc qui éprouvent le besoin de raconter en introduction l’enfance de Jésus, histoire sans doute de lui donner une assise qui intéresse les foules, mais, chez tous les deux, cette introduction comporte une généalogie dont les contradictions sautent aux yeux, car ils ne sont même pas d’accord sur le nom du père de Joseph : chez Luc, il s’appelle Héli, et chez Mathieu, il se nomme Jacob ! Vous me direz : Héli, Jacob, ça se ressemble tellement, on peut confondre... Mais enfin, tout cela sent le passage interpolé après coup par des copistes œuvrant pour les besoins de la cause.

Eh oui, en un temps où l’imprimerie n’existait pas, les livres étaient dupliqués à la main par des anonymes. Toutes les dérives étaient donc possibles.

Publié dans Religion, Curiosités, Histoire

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :