Déboulonnons : Mohammed V (1)

Publié le par Yves-André Samère

Hier, j’ai annoncé que je parlerais des trois rois du Maroc, ou plutôt des deux rois et demi, puisque le premier dans l’ordre chronologique, au début de son règne, ne portait pas ce titre : il n’était que sultan. De la famille Alaouite, qui se prétend « descendante du Prophète » (sic), il se nommait Mohammed Ben Youssef, c’est-à-dire Mohammed fils de Youssef. Il faut préciser que porter son prénom suivi du prénom de son père, cette habitude a prévalu au Maroc jusque dans les années 1970, après quoi on a généralisé un état-civil plus occidental... qui n’a pas encore gagné l’Islande, puisque dans cette île, les hommes portent leur prénom suivi du prénom de leur père avec le suffixe -son, tandis que les femmes utilisent le suffixe -dottir (pensez à l’anglais daughter).

Bref, Mohammed Ben Youssef était né à Fès en 1909, et il est devenu sultan en 1927, donc à dix-huit ans. Il n’aurait d’ailleurs pas dû régner, car il était le troisième fils, chétif et pas très bien portant, du précédent sultan, Moulay Youssef (vous avez suivi ? Ben Youssef, fils de Youssef), mais, à cette époque, c’est la France qui, depuis 1912, dirigeait le pays par l’intermédiaire d’un « résident », et le résident du moment, après une année de guerre du Rif, cherchait un chef d’État docile ; or, plus docile que Momo, il n’y avait pas ! Élevé loin de Rabat, à Fès et Meknès, il ne s’intéressait absolument pas à la politique, et ne se préoccupait que de golf, de tennis, de son harem et de sa fortune personnelle. Comme il fallait, pour régner, recevoir l’approbation des oulémas – les docteurs de la loi –, le résident sut les persuader de choisir cet oiseau rare, qui fit scrupuleusement ce qu’on attendait de lui : signer sans les regarder les dahirs (les décrets) proposés par l’administration coloniale. Un régime de rêve...

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