Se soigner ? Interdit aux pauvres !

Publié le par Yves-André Samère

Comme je suis, après mon opération du foie, en convalescence pour un bon mois, je dois suivre un traitement quotidien comprenant entre autres une trentaine de piqûres : l’injection d’un anticoagulant censé très efficace. Ce qui me fait toujours penser à Cyrano de Bergerac, rétorquant au comte de Guiche qui lui avait proposé de soumettre ses écrits à Richelieu, et ajoutant « Il vous corrigera seulement quelques vers ». À quoi Cyrano avait répondu « Impossible, Monsieur, mon sang se coagule / À l’idée qu’on y peut changer une virgule » (je ne garantis pas l’exactitude de la citation, faite de mémoire).

Donc, muni de mon ordonnance, je me suis mis en quête d’un cabinet d’infirmiers dans mon quartier. Or tous, absolument tous, se déplacent pour vous piquer à domicile, ce que je ne veux pas, pour deux raisons : je ne laisse aucun étranger pénétrer chez moi, et les médecins m’ont recommandé de marcher un peu tous les jours. Les infirmiers n’utilisent guère leur cabinet que pour y ranger leurs dossiers et leur matériel, et sont en vadrouille le reste de la journée. Ce qui est le cas du tandem d’infirmières que j’ai dénichées, et qui ont accepté que je me fasse piquer sur place.

Or, hier, parvenu face à leur portail, impossible d’entrer dans l’immeuble ! Il est muni d’un Digicode dont je n’ai pas le code. J’ai dû revenir chez moi, à cinq minutes de là, afin de prendre mon téléphone mobile et, revenu face au portail récalcitrant, d’appeler l’infirmière avec laquelle j’avais rendez-vous.

Résumons : aujourd’hui, vous ne pouvez pas vous faire soigner si vous n’êtes possesseur d’un de ces gadgets à trois cents euros qu’aucune loi ne vous oblige à posséder. Comment font les pauvres ?

Je ne sais pas où va notre prétendue civilisation, mais elle y va, et à grands pas.

Publié dans Santé, Social, Absurdités

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Julien 27/02/2016 09:04

30 par jour ? Vraiment ?
Car sinon, il n'est pas obligatoire qu'un infirmier s'en charge. Tu peux très bien te piquer toi-même. C'était mon cas. Ventre, ou cuisse si besoin.

Yves-André Samère 28/02/2016 09:47

Comme tout le monde, tu as compris de travers une phrase que j’aurais dû fignoler. Ça m’apprendra. C’est donc bien une piqûre quotidienne durant trente jours. Quant à me piquer moi-même, si l’injection était sous-cutanée, je la ferais sans doute. Mais là, elle est intra-musculaire, et je n’en suis pas encore à me planter une aiguille perpendiculairement à la peau sur un centimètre et demi. Ce doit être aussi antinaturel que d’écouter du rap ou de voir le dernier film avec Leonardo DiCaprio.

DOMINIQUE 26/02/2016 19:33

Je n'ai toujours que mon vieux clou de téléphone. J'en ai un plein carton, donné par l'entreprise dans laquelle je travaillais, lors du remplacement des téléphones des techniciens... il y a 10 ans environ.
Et quand la déclaration d'impôts en ligne va devenir obligatoire pour tous ? Que vont faire ceux qui n'ont pas d'ordinateur, ou qui sont incapables de s'en servir ?
J'ai vu dans un bureau de poste un jeune homme qui achetait un timbre : l'adresse sur l'enveloppe était carrément illisible, il l'a réécrite sur une nouvelle enveloppe, avec beaucoup de difficultés. Je n'ai pas osé l'aider, je le regrette encore. Mais comment ce garçon va faire, pour déclarer ses impôts ?

Yves-André Samère 27/02/2016 08:09

Tout cela va dans le même sens, faire disparaître les pauvres et les faibles.

kotec 26/02/2016 17:51

Bon retour parmi les vivants (ceux qui ont accès au réseau) .

Yves-André Samère 26/02/2016 18:00

Merci ! Durant quelques jours, on m’a tant percé la peau que mon bras gauche était devenu bleu. Comme dans « La nuit des morts-vivants ».

kotec 26/02/2016 17:50

j'ai eu un téléphone portable pour 5 euros et un plein de carburant.
mais sans wifi, dentbleue, facebook et email.
Juste un téléphone qui peut appeler et être appelé.
Je l'ai donné à un ami routard qui doit encore l'utiliser.

Yves-André Samère 26/02/2016 18:03

J’en possède encore un. Acquis sans aucun plein d’essence.