Bip bip bip

Publié le par Yves-André Samère

Dans la maison de convalescence qui a le bonheur de m’héberger pour quelque temps, tout va bien, à première vue, et les employé(e)s sont charmant(e)s. Mais quelques bogues entachent ce bonheur parfait. Je vous en décris une ici, et garde le reste pour la prochaine fois.

Il y a eu au début une conception étrange de l’appel nocturne aux infirmières, auquel d’ailleurs je n’ai jamais eu recours ici. Cela fonctionne ainsi : à la tête de votre lit est reliée une télécommande, munie d’un gros bouton rouge et luminescent qui, via un simple appui, prévient une infirmière que le malade a besoin d’elle. Sans avoir vérifié plus avant, je suppose qu’alors, un voyant s’allume dans le bureau des infirmières, un peu comme les sonnettes qui tintent au générique de Downton Abbey. Prévenue, l’une d’elles se rend dans la chambre d’où vient l’appel, et un voyant lumineux clignote dans le couloir, indiquant le numéro de ladite chambre, ce qui est amplement suffisant. Hélas, l’architecte de la maison ou les ingénieurs qui ont conçu ces merveilles ont fait de l’excès de zèle, et ce clignotement s’accompagne d’un bip assez sonore, que seule l’infirmière qui accourt peut arrêter depuis un autre bouton qui se trouve dans la chambre, bip qui, en attendant, réveille... tout le couloir. Génial, comme disent les lycéens !

J’ai râlé deux nuits de suite, argüant que, peut-être, on pourrait désactiver cette machine infernale qui ne se contentait pas de me réveiller : surtout, elle m’empêchait de me rendormir. Tout le monde s’est montré compréhensif, mais... impossible de faire taire le bip. Je connais très bien l’argument qu’on vous sort dans ces cas-là : vous êtes le premier qui se plaint, ça fait des années que c’est comme ça, essayez d’écrire à la direction, et patati et patata. Ouais, je vois ça d’ici : le directeur général lira ma lettre dans un mois ou deux, il transmettra au conseil d’administration, qui, lors de la prochaine assemblée générale, soumettra la question au vote, et si, après délibération, une majorité se dessine estimant la plainte justifiée, on la transmettra à une commission qui fera étudier par des experts la solution à y apporter, avant de choisir une boîte technique capable de désactiver un simple bip, par exemple en coupant un fil électrique. Ce qui ne devrait prendre que trois ou quatre ans.

Tout le génie français est là. Aux États-Unis, lorsque vous avez à vous plaindre de quelque chose, vous demandez à être reçu par le PDG, il vous reçoit, vous écoute, nomme immédiatement un responsable, avec instruction de résoudre le problème séance tenante, et tout est réglé dans la journée. Quels ploucs, ces Yankees !

Dans mon prochain article, je vous parlerai de la curieuse conception des repas servis aux pensionnaires.

Publié dans Santé, Absurdités

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 10/03/2016 07:37

Si je comprends bien, le bip sert à ce que l'infirmière soit obligée de rentrer dans la chambre du patient pour l'arrêter. Et donc, éventuellement, s'occuper dudit patient. Un genre de pointeuse, en quelque sorte, qui contrôle les infirmières, "on ne sait jamais, elles sont si fainéantes qu'elles ne répondent pas aux appels".
Je n'attendrais pas la décision à 10 étages de consultation, je mettrais en panne discrètement ces foutus bips (le chewing gum fait des merveilles), comme si je n'étais pas capable de faire mon boulot sans avoir un flic derrière moi.
D'autant que les directeurs ne risquent pas de faire des rondes de nuit. Trop fatigant.

Julien 09/03/2016 20:00

Ah ah, que tu es naïf ! Ou alors tu n'as pas assez travaillé avec de grandes sociétés états-uniennes !

Yves-André Samère 10/03/2016 09:57

Je ne travaille avec personne. Mais il est connu qu’en France, n’importe quel petit chef se retranche derrière un épais barrage de sous-fifres. Même leur secrétaire est inaccessible. Si tu as vu les films de Michael Moore, tu auras constaté que tous les grands PDG auxquels il a fait la vie dure, il les a rencontrés sans aucune difficulté. Et le jour où il a décidé de cuisiner Charlton Heston, il lui a suffi de sonner à sa porte, et il a été reçu immédiatement.

kotec 09/03/2016 15:16

Ce bip doit servir surtout à réveiller l'infirmière de garde ou à la faire abandonner son sudoku .

Yves-André Samère 09/03/2016 16:19

Mais elle ne fait pas son sudoku dans le couloir, tout de même !