Rambaud vole au secours de Polanski

Publié le par Yves-André Samère

J’apprécie assez les pastiches de Patrick Rambaud, et suis en train de terminer ses cinq Chroniques du règne de Nicolas Ier, où il pourfend joyeusement Sarkozy. J’espère trouver sans bourse délier son récent François le Petit, où il traite Hollande de la même manière. Rambaud, en dépit de cette énorme bourde quand, dans sa cinquième chronique, il cite « la basilique Saint-Pierre [...] vidée de ses touristes venus admirer le Moïse de Michel-Ange » (patatras, la statue est dans l’église Saint-Pierre-aux-Liens), ou de ces quelques fautes de français que je vous laisse le soin de découvrir si vous le lisez, utilise le style de Saint-Simon, grâce à qui nous savons tout de Louis XIV et de son époque, et qui a inspiré naguère André Ribaud pour La Cour et le règne de De Gaulle.

Néanmoins, je n’apprécie pas du tout que, dans son quatrième volume, Rambaud utilise sans vergogne les mensonges les plus flagrants pour innocenter Roman Polanski, le célèbre violeur de gamine. Voici comment il présente l’affaire : « À Zurich la police avait arrêté l’un des plus originaux et des plus reconnus parmi les auteurs du cinématographe, M. Polanski, pour détournement de mineure ». Mensonge par omission, Polanski ne s’est pas contenté de « détourner » une mineure, il a saoulé et drogué une fille de treize ans, avant de la sodomiser quand elle a été inconsciente.

Pour les détails de l’arrestation en Suisse du cinéaste violeur et pédophile, voici ce que rapporte Rambaud : « Steve Cooley, un shérif de Californie en campagne électorale, avait réveillé pour sa publicité un scandale vieux de trente-deux ans. À cette lointaine époque chargée des vapeurs de marijuana, la gazette “Vogue”, réputée pour ses images luxueuses, avait demandé à M. Polanski des clichés d’adolescentes modernes, délurées, libres et dévêtues, ce qu’il avait accepté. Une actrice de feuilletons télévisés, désireuse de fréquenter Hollywood, lui amena sa fille de treize ans dans la maison de Mulholland Drive prêtée par M. Jack Nicholson. À la fin de la seconde séance de photographies au champagne assaisonné de sédatifs, M. Polanski bouscula dans le jacuzzi la très jeune Samantha ». Ben voyons, il la bouscula, qu’en termes galants ces choses-là sont dites ! Et c’est à la suite de cette innocente bousculade que la justice des États-Unis partagea en deux le slip de la demoiselle, afin de permettre les deux analyses de sperme exigées par la défense et l’accusation...

Enfin, sur la fuite de Polanski, désireux de mettre l’Océan Atlantique entre la justice et lui, voici la version de Rambaud : « Il y eut un procès, un jugement et quarante-deux jours à la prison de Chino, soit la totalité de la peine requise ». Faux ! La peine prononcée, d’ailleurs étonnament faible, était de quatre-vingt-dix jours, mais Polanski demanda au juge une permission pour se rendre en Europe afin d’y tourner un film. Ce que, inconscient, le juge lui accorda. Après quoi, ayant obtenu l’ouverture de sa cage, le criminel se garda bien de regagner la prison qui l’attendait.

Pourquoi cette cascade de mensonges grossiers ? Parions sur la solidarité entre artistes, ceux qui se croient tout permis parce que, n’est-ce pas, ils sont tellement au-dessus du vulgum pecus.

Selon que vous serez puissant ou misérable...

Publié dans Curiosités, Livres, Justice

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D
J'aime beaucoup "le voyage au bout de la nuit", qui pour moi est un grand livre du XXème siècle (tant qu'à faire), mais ce n'est pas pour cela que j'aime l'auteur, et que j'essaie de l'absoudre !
Des fleurs peuvent pousser sur du fumier.
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Y
Moi, je déteste les deux, parce que je ne supporte pas l’affectation.
D
Hélas, beaucoup de gens, s'ils admirent un artiste, ne supportent pas que sa vie privée ne soit pas aussi admirable que son art... un peu la même chose pour la mort accidentelle d'un personnage célèbre, difficile à admettre (cf Lady Di ou Claude François) où l'on voit toujours des complots tordus.
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Y
Même chose, vous m’excuserez de le rappeler, pour Louis-Ferdinand Céline !