Je te tiens, tu me tiens...

Publié le par Yves-André Samère

Carlos Ghosn est le président-directeur général de deux grosses firmes de construction automobile : la française Renault et la japonaise Nissan. Il possède aussi d’autres casquettes juteuses, si j’ose cette expression hardie, mais passons.

En 2014, il a été classé neuvième de la liste des patrons les mieux payés de France, avec 3 098 509 euros, quand la moyenne des rémunérations des patrons de grosses sociétés françaises cotées au SBF 120 était de 1 664 719 euros. Pour 2015, ce salaire sera en hausse de 0,49 %. Et chez Nissan, il a touché 8 millions d’euros.

Hier, les actionnaires de Renault ont voté en assemblée générale, et, à 54,12 %, ils se sont déclarés hostiles à cette augmentation. Néanmoins, le conseil d’administration de la firme s’est assis sur cette volonté, et a décidé que Ghosn toucherait son pactole, pour avoir obtenu de bons résultats. Certes, en virant quelques milliers d’ouvriers, mais quelle importance ? ce ne sont pas des êtres humains.

Il importe de préciser la terminologie.

Les actionnaires sont ceux qui possèdent des actions, c’est-à-dire des parts de propriété de la société. Ils sont propriétaires de ladite société, plus ou moins riches, mais ils se partagent une partie des bénéfices sous forme de dividendes. Rien d’immoral là-dedans. Logiquement, ils devraient décider de la manière dont leur bien sera géré, mais le législateur français a estimé que c’était trop compliqué pour ces ploucs, et qu’il valait mieux qu’elle soit dirigée par des administrateurs, regroupés en un conseil d’administration – le C.A. en jargon usuel. Normalement, un administrateur n’est pas propriétaire des parts de la société qu’il administre, mais, dans les faits, et comme c’est lui qui commande avec ses acolytes, il a toutes les facilités pour en acheter, car on lui fait des prix : les célèbres stock-options attribuées naguère aux dirigeants (et, théoriquement au personnel, ne riez pas).

Le pittoresque de ce système, c’est que les administrateurs ne sont pas élus, mais cooptés. Ce qui signifie qu’ils sont recrutés par les autres administrateurs. C’est admirable, car cela fonctionne sur le principe « Tu me recrutes dans ton C.A., et je te recrute dans le mien ». Si bien qu’au bout du compte, toutes les sociétés françaises sont administrées par la même bande.

Qui a parlé de mafia ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 30/04/2016 11:25

Mais si, on distribue des actions aux salariés. Mon père, qui a officié pendant 35 ans dans la même société internationale et pétrolière, était propriétaire de... 180 actions. Un pactole. Ghosn est jaloux.
Merci en tout cas d'avoir éclairci cette histoire d'administrateur et d'actionnaire, je n'en avais pas la moindre idée.

Yves-André Samère 30/04/2016 22:42

Ce n’est pas indifférent, de savoir comment fonctionnent les grosses sociétés. Après tout, elles tentent de nous dominer.