La destruction des Halles de Paris

Publié le par Yves-André Samère

Coup de force : bien que les Halles de Paris appartiennent à la Ville, c’est le gouvernement gaulliste qui a pris, le 14 mars 1960, la décision de les déménager. Où ? On avait d’abord pensé au quartier de Bercy, où se trouvaient de gigantesques entrepôts de vin ; puis à Valenton, petite commune du Val-de-Marne, quatre kilomètres à l’est de l’aéroport d’Orly. Mais finalement, ce fut Rungis, beaucoup plus proche de l’aéroport.

Tous les prétextes furent bons pour faire avaler à la population ce bouleversement et la destruction de ce qu’on appelait jusque là « le cœur de Paris » (et parfois, « Le ventre de Paris », comme ce titre d’un roman d’Émile Zola), et qui existait depuis le Moyen-Âge : les embouteillages causés par la noria nocturne des camions, le bruit de leur circulation et celui causés par les marchands à la criée, jusqu’aux rats qui infestaient le quartier, dit-on, alors qu’en fait, en dévorant les déchets, ils le nettoyaient plutôt. Et, naturellement, la prostitution ! C’est d’ailleurs là qu’est née Irma la Douce, comédie musicale mondialement célèbre, dont Billy Wilder a fait un film joué par Shirley MacLaine et Jack Lemmon, tirée d’un conte écrit par Alexandre Breffort, chauffeur de taxi et rédacteur au « Canard enchaîné » sous le pseudonyme de Grand-Père Zig.

Ces prétextes étaient bidons, vous vous en doutez. La réalité est moins élégante : il s’agissait en fait d’une gigantesque opération immobilière, montée au profit du parti gaulliste, dont les membres se désespéraient de voir un si vaste espace, en plein centre de la capitale, rester inexploité – par eux. De Gaulle, leur chef, se moquait pas mal de l’argent, il ne s’est jamais enrichi, mais il laissa faire pour leur laisser un os à ronger : pendant qu’ils faisaient des affaires et se remplissaient les poches, ils ne se mêlaient pas du Pouvoir, qu’il entendait exercer sans partage.

Or le dépense eût été moindre si l’on avait aménagé ce qui existait déjà, et qui convenait parfaitement : les dix pavillons construits par Baltard, qui étaient aussi utiles que beaux – bien plus que les horreurs qui leur ont succédé –, sont impitoyablement détruits, on n’en a conservé qu’un, le huitième, qui a été démonté et reconstitué à Nogent-sur-Marne pour en faire une salle de spectacle.

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