Le paradis marocain

Publié le par Yves-André Samère

Lorsque Hassan II, abominable tyran du Maroc, eut en 1999 le bon goût d’aller enfin manger les pissenlits par la racine, on nous chanta une belle chanson, selon laquelle, étant révolues « les années de plomb » (comme on appelait celles où il régnait), son fils Mohammed VI était le contraire de son père ; qu’il allait instaurer la démocratie, balayer les inégalités, installer une vraie liberté, supprimer la corruption, la torture et autres amusettes innocentes, et tout et tout.

En fait, Momo a surtout amélioré les méthodes de son paternel, consistant à ratiboiser à son profit les ressources du pays. Si bien qu’aujourd’hui, et selon quelques sources assez fiables, il possèderait 60 % de la capitalisation boursière du Maroc (je dis bien soixante pour cent, ce n’est pas une de mes célèbres fautes de frappe, due à cette dyslexie à laquelle vous ne croyez pas, très chers lecteurs qui pensez que c’est un canular).

Quant à la liberté et la démocratie, elles sont restées à peu près comme auparavant : inexistantes. Les grands perdants étant les femmes, les homosexuels, et les emprisonnés du bagne de Temara, prison secrète, dénoncée par Amnesty International, mais dont le régime dément l’existence. Visionnez ICI le réquisitoire de Zineb El Rhazaoui.

Pays musulman, le Maroc a conservé la saine pratique de considérer que la femme valait la moitié d’un homme, et cela se traduit dans les héritages, puisqu’une femme ne peut hériter que cinquante pour cent de ce que reçoit un héritier mâle, et qu’une femme ne peut pas se marier avec un non-musulman. Il y a quelques mois, une actrice marocaine a été insultée puis agressée pour avoir tenu un rôle de prostituée dans le film Much loved, film dénoncé publiquement et officiellement parce qu’il donnait « une image défavorable » de la femme marocaine.

Les homosexuels ? Ils sont honnis par la population et condamnés par la loi, nonobstant le fait que Marrakech vit de la prostitution masculine, le monde entier le sait. Pour être allé enquêter sur place, à Beni Mellal, sur le dernier scandale, Martin Weill a été expulsé du pays, et l'une des victimes a été condamnée plus lourdement que son agresseur (prochain procès, le 11 avril) : si, dans ce pays des Mille et une nuits, vous êtes homosexuel et allez vous plaindre à la police d’une agression, vous... finissez en prison, car c’est de votre faute ! D’ailleurs, après une action des Femmen au Maroc, le journal de Casablanca « Maroc Hebdo », de centre-droit (rions), a fait sa couverture avec le titre Faut-il brûler les homos ?, signé Mustapha Sehimi, avec, en sous-titre, Le ministère de la santé appelle à la dépénalisation de l’homosexualité. Mais quid de la morale et des valeurs religieuses ? Cette question ! Bien sûr qu’il faut les brûler. Après les avoir écorchés vifs, émasculés, décapités (puis pendus, pour bien faire). La question « Être homosexuel au Maroc, c’est passible de trois ans de prison, ça vous semble normal qu’on puisse être pénalisé légalement parce qu’on est homosexuel ? » étant posée par Martin à l’auteur de l’article, voici sa réponse : « Oui, parce que la société ne comprendrait qu’il n’en soit pas ainsi ». Et comme la société a toujours raison...

Publié dans Absurdités, Mœurs

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

J'ai raison. 05/04/2016 17:03

"[...] nonobstant le fait que Marrakech vit de la prostitution masculine [...]" Je ne pense pas que la ville subsiste uniquement grâce à ceci quand même (d'ailleurs, prostitution masculine ou plutôt, malheureusement, "garçonnière" comme vous l'affirmiez?). Puisque l'on parle des Mille et une nuits, la traduction de Mardrus nous parle déjà de ce "cheikh, pédéraste comme un maghrébin", cette réputation n'est peut-être pas nouvelle. J'apprécie tout de même les marocains et les marocaines de ma connaissance.

Yves-André Samère 05/04/2016 19:05

Je caricature toujours un peu, mais les touristes viennent surtout pour les garçons, car les lieux à voir dans cette ville peuvent être expédiés en une matinée. Marrakech ne vaut pas Fès.

J’ai vu les deux versions des « Mille et une nuits », celle de Mardrus et celle, très fantaisiste, d’Antoine Galland, qui, lui, n’aurais jamais parlé de pédérastie, il était trop convenable. Pas comme ce voyou d’Ahmed El Tîfâchî, avec ses « Délices des cœurs » !