Martel en tête

Publié le par Yves-André Samère

Pour certaines raisons peu convaincantes, reposant principalement sur l’aversion envers les arabo-musulmans, les adeptes du Front National et une grande partie des anciens Français d’Algérie vouent un culte à Charles Martel, dont l’Histoire officielle disait naguère qu’à Poitiers en 732, il avait « fondu sur les Sarrasins» (il devait faire chaud, bien que l’évènement se soit passé un 25 octobre). On raconte volontiers que ce Charles Martel a ainsi mis fin à une « invasion » de la Nation française par ces chiens de musulmans.

Or cette histoire est très exagérée, et ce fut loin d’être un choc de civilisation entre la chrétienté et l’islam, et pas du tout une victoire « européenne », attendu qu’à cette époque, l’Europe n’avait aucune réalité politique, et sûrement pas comme civilisation et culture.

D’abord, on n’est pas certain que cette escarmouche se soit passée à Poitiers, et les historiens étrangers parlent plutôt de la « bataille de Tours » – ville distante de 95 kilomètres à vol d’oiseau. Quant aux participants, ils n’étaient pas nombreux, car le chef arabe, Abd er-Rahmane, qui était andalou (!) – et qui fut tué pendant le raid, ce qui causa la débandade de ses guerriers –, n’avait aucune volonté de conquête, autre que le désir de s’emparer des richesses du sanctuaire de Saint-Martin. C’est surtout Martel qui désirait soumettre l’Aquitaine et le Languedoc.

Rappelons tout de même que Martel, qui tenait son nom de sa réputation de « frapper comme un marteau », avait volé des biens de l’Église et confisqué la dîme de quelques évêques, et fut longtemps banni des sacristies. Voltaire voyait en lui un champion de l’obscurantisme religieux. Et s’il n’avait pas fondu sur les Sarrasins, nous serions peut-être espagnols, aujourd’hui.  Olé !

Publié dans Histoire, Bobards, Curiosités

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