Pas de décoration !

Publié le par Yves-André Samère

Bien avant Thomas Piketty, bien après Marcel Aymé, Georges Brassens, ou Brigitte Bardot, Jean-Louis Debré avait refusé la Légion d’Honneur, ce qui est tout à... son honneur. Cela s’est passé ainsi : en mars 2011, Sarkozy, encore président de la République, l’invite à déjeuner, à l’Élysée et en présence de Claude Guéant. Il lui dit qu’il a l’intention de le faire officier de la Légion d’Honneur. Debré, alors président du Conseil constitutionnel, institution qui a souvent cassé des lois promulguées sous Sarkozy, refuse d’être décoré, tout comme il avait dit non à son ami Chirac lorsqu’il avait quitté la présidence de l’Assemblée nationale : il ne veut aucune décoration, en aucun cas. Sarkozy insiste, mais Debré persiste : pas de décoration.

Le soir, Guéant téléphone à Debré pour lui dire que Sarkozy n’a pas renoncé à cette histoire de décoration. Une fois de plus, Debré refuse, et ajoute que, si on le décore malgré cela, il rendra public son refus, ce qui fera un peu scandale.

Il faut dire qu’en septembre 1893, le député Léon Mirman, élu de la Marne, avait déposé une proposition de loi réclamant que « le port de décorations, insignes, rubans et médailles » devienne totalement libre, chacun pouvant arborer la décoration de son choix ; ce qui revenait à ôter toute valeur à la remise d’une décoration officielle. Il voyait dans celles-ci « une monnaie de corruption, un procédé d’asservissement civique ». Bien vu, mais il n’avait encore rien vu.

En tout cas, l’article 12 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 dit que les parlementaires « ne peuvent être nommés ou promus dans l’ordre national de la Légion d’honneur ni recevoir la médaille militaire ou tout autre décoration ». Certes, Debré n’était plus parlementaire, mais, moralement, il avait raison de ne pas vouloir être mis dans le même sac qu’Isabelle Balkany ou... Jacques Servier ! Et Sarkozy voulait uniquement l’acheter. À un prix qui ne lui coûtait rien, puisque le président de la République n’est soumis à aucun quota : il peut décorer qui il veut, sans aucune limite. Lisez plutôt cet article, vous serez édifiés.

Publié dans Curiosités, Mœurs, Politique

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 01/05/2016 11:50

Cela me conforte dans l'idée que Debré est un type bien, qui ne se laisse pas attraper par des hochets.

Yves-André Samère 01/05/2016 13:25

C’est bien le cas.