Campagne présidentielle : on change de règles

Publié le par Yves-André Samère

En avril 2012, alors que l’élection présidentielle était toute proche et que la campagne électorale à la télévision était imminente, le CSA avait demandé au Conseil constitutionnel son avis sur les règles qui devaient être respectées concernant le passage des divers candidats.

Le Conseil constitutionnel avait répondu que l’égalité devait être la règle. Autrement dit, les heures et les temps de passage devaient être rigoureusement les mêmes pour tous.

Mais Sarkozy avait protesté : il aurait voulu que soit accepté le principe de « l’équité ». Il entendait par là que les principaux candidats, dont lui-même, devaient bénéficier d’un temps d’antenne plus important ! Mais comment donc, Monseigneur, a dû penser le Conseil, qui l’a envoyé bouler.

Donc, actuellement, les règles sont les suivantes : le CSA distingue le temps de parole (les interventions directes, à la télévision ou à la radio, d’un candidat ou de ses soutiens, ce qui ne vise évidemment ni les journaux écrits ni Internet) et le temps d’antenne (le temps de parole plus les sujets traités dans les radio-télés). Cela ne concerne que la campagne officielle, deux semaines avant le premier tour et une semaine avant le second.

Or ces règles vont changer en 2017, car deux socialistes, Bruno Le Roux et Jean-Jacques Urvoas, ont déposé en novembre dernier une proposition de loi, que l’Assemblée nationale a validée le 5 avril dernier. Elle reprend les propositions de Sarkozy en 2012, et dit que le CSA devra tenir compte des résultats obtenus aux plus récentes élections par les candidats ou leurs formations ; de la contribution de chaque candidat à l’animation du débat électoral ; et des enquêtes d’opinion, autrement dit, les sondages. Ce dernier point, les sondages, va donc influer sur les temps de parole, et renforcer les candidats qui auront obtenu les meilleurs « résultats ».

Il s’ensuit que, si cette règle avait été appliquée en 2012, sur la période entre la publication des candidatures et le début de la campagne officielle, Hollande et Sarkozy auraient eu près du triple de temps de parole ; que Marine Le Pen aurait vu son temps de parole augmenter de 52 % ; et celui de Mélenchon, de 33 %. Quant aux « petits candidats », ils auraient été gâtés, si on peut dire, puisque Eva Joly aurait eu cinq fois moins de temps ; Philippe Poutou, Nathalie Arthaud ou Nicolas Dupont-Aignan, dix-sept fois moins de temps ; et Jacques Cheminade, 155 fois moins de temps ! Nous aurions eu beaucoup moins d’occasions de rigoler.

Avec cette satisfaction accordée rétrospectivement aux désirs de Sarlozy, les socialistes de l’Assemblée font un grand pas de plus dans la marche vers la démocratie fondée sur les sondages. Qui sont rigoureusement fiables et honnêtes, comme on sait.

Publié dans Arnaques, Politique, Médias

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