Du vent sur France 2

Publié le par Yves-André Samère

Hier soir, j’ai regardé sur France 2 la pièce Du vent dans les branches de sassafras, de René de Obaldia, diffusée en direct. L’auteur, qui va sur ses 98 ans, était présent, et il est monté sur scène à la fin du spectacle pour se faire acclamer. Auparavant, la présentation l’avait couvert de louanges, mais comme je n’ai pas du tout aimé sa pièce, parlons d’autre chose, deux détails en l’occurrence.

D’abord, la pièce avait été créée en 1965 par Michel Simon, au Théâtre Gramont, petite salle en sous-sol à deux pas des Grands Boulevards, qui a fermé depuis longtemps, devenant d’abord un cinéma qui ne respectait pas les règles de sécurité (pas de sortie de secours en cas d’incendie), puis disparaissant purement et simplement. Et Michel Simon détestait le directeur du théâtre René Dupuy, lequel, il faut bien le dire, n’avait pas que des qualités – il était notamment d’une avarice sordide. Mais le grand acteur lui-même détestait toute la profession : Michèle Morgan, Gérard Philipe, René Clair, Louis Jouvet, tout le monde. Pour tout arranger, il avait de nombreux trous, ayant perdu la mémoire à cause d’une teinture pour cheveux utilisée précédemment pour un film, et il avait fait un procès à... L’Oréal !

L’autre détail sautait aux yeux et aux oreilles : après la représentation, la présentatrice de France 2, qui ne savait pas dire le mot sassafras (elle prononçait terminaison, comme les gens qui disent « ananasse » pour ananas ou « almanaque » pour almanach), a interviewé François Berléand, lequel, ayant bien appris sa leçon et les inepties propres aux acteurs, est venu déclarer que « ce soir le public avait bien du talent », une platitude ultra-répandue dans le métier, et vachement sincère, vous imaginez. Hélas, deux minutes plus tard, dans son petit discours, l’auteur a proféré exactement la même phrase. C’était très spontané, pas répété du tout, par conséquent. Puis ont surgi sur scène huit énormes bouquets de fleurs, tous exactement semblables, destinés aux huit acteurs se trouvant sur scène. Dès lors, on se demandait comment ces fleurs étaient arrivées là : apportées par des spectateurs enthousiastes d’avance ? Impossible. Vous avez déjà tenté d’entrer dans un théâtre avec une gerbe de fleurs dont le volume avoisine le mètre cube ? Où la mettre pendant le spectacle ? Bref, la pantomime avait été préparée par la direction du théatre, et ça tombait admirablement, puisque le directeur, Bernard Murat, était précisément sur scène pour se faire applaudir avec l’auteur.

On est merveilleux de naturel, dans ce métier.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Danièle 29/06/2016 20:13

J'aurais bien voulu suivre cette pièce mais malheureusement le texte hurlé par les comédiens était incompréhensible et le jeu horripilant. J'ai quand même tenu trente minutes, ce qui n'est pas si mal.

Yves-André Samère 29/06/2016 22:54

Tout ça est vrai. J’ai tenu sur toute la pièce, mais en expiation de mes péchés.