La Joconde, un garçon ?

Publié le par Yves-André Samère

Le plus célèbre tableau de Léonard de Vinci, et aussi le plus petit, se trouve au Louvre : c’est La Joconde. Difficile à voir, du reste, car il est séparé du public par une rambarde qui lui ménage un espace vide d’un mètre ou deux, et il est protégé par une vitre épaisse, que je suppose être à l’épreuve d’une bombe atomique, au minimum, doublée d’une couche épaisse de touristes japonais – ils seraient vingt mille chaque année –, armés d’appareils photographiques. Officiellement, c’est le portrait de Lisa di Antonio Maria Gherardini, mais on dit plus couramment « Mona Lisa » – Mona étant le diminutif de madonna. Pas la chanteuse, c’est le mot italien pour madame.

« Madame » ? Il ne manque pas de ricaneurs pour souligner que cette dame était sans doute un garçon, sachant les goûts de Leonardo. J’ai raconté une fois ou deux que, si le peintre a laissé dans ses carnets les croquis de plusieurs centaines de sexes masculins, il n’a dessiné que deux fois un sexe féminin, et... il s’est trompé ! Comme quoi, la documentation lui a un peu fait défaut. Mais, pour les conformistes, Mona Lisa était tantôt Catherine Sforza, tantôt Pacifica Brandini d’Urbin, maîtresse de Julien Médicis. Les plus coincés y voient... la mère du peintre !

Les autres pensent, non sans raison, que ce portrait serait celui du plus proche disciple de Leonardo, d’ailleurs représenté dans d’autres tableaux de son maître sous les traits de quelques anges, voire de son Saint Jean-Baptiste. Il s’appelait Gian Giacomo Caprotti, et on le surnommait Salai, ce qui signifiait « le petit diable ». Alors, un saint, ou un diable ?

Toujours est-il que Leonardo devait y tenir, à son tableau, puisqu’il l’a emporté, encore inachevé, à Milan, puis, appelé en France par François Ier, à Amboise, où le roi l’acheta. Quoi ! Cet amateur de femmes aurait acheté le portrait d’un garçon ? On comprend que la thèse d’un garçon travesti en Joconde, que Freud a soutenue, leur est apparue comme scandaleuse.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 28/06/2016 21:49

Le Jean-Baptiste, en cours de restauration si j'ai bonne mémoire, est d'une beauté... et pour le coup, ange ou démon ?

Yves-André Samère 28/06/2016 23:03

L’occasion, pour Leonardo, de peindre le garçon dont il était amoureux, et dont il a fait son héritier.

J'ai raison. 28/06/2016 16:08

N'est-ce pas "signora" pour "madame" en italien? Il me semblait que "madonna" désignait la madone, la vierge à l'enfant donc.

Yves-André Samère 28/06/2016 18:55

Oui, mais « Dona » ou « Madonna » pour la femme ordinaire sont plus élégants, et relèvent du vocabulaire amoureux. Il y a aussi l’influence de l’époque. Ne pas oublier que c’est pareil en espagnol : « Señora » contre « Doña ». Il y a une Doña Sol dans « Hernani ».