Littérature « mineure » ?

Publié le par Yves-André Samère

Il vous est peut-être arrivé, comme à moi, de discuter avec un écrivain qui tenait pour de la roupie de sansonnet tout autre littérature que la sienne, et qui classait dans les « genres mineurs » les romans policiers ou de science-fiction (ajoutez : fantastique, anticipation, et tout ce que vous voudrez). Or, non seulement c’est d’une prétention rare, mais cela témoigne d’une ignorance crasse. Par exemple, rien ne sépare du roman policier des œuvres comme Hamlet ou Crime et châtiment.

En ce qui concerne les livres relevant de la science-fiction, le premier des romans interplanétaires date du... deuxième siècle de notre ère, et fut écrit par l’auteur satirique Lucien de Samosate. Mais ensuite, si on laisse de côté Cyrano de Bergerac (L’histoire comique des États et Empires de la Lune, en 1657), ils ont parfois été rédigés par des savants authentiques. Par exemple, Sir Frederick Hoyle, qui était l’astronome le plus célèbre d’Angleterre, qui avait remis à l’honneur la théorie de la panspermie (la vie sur Terre générée à partie d’une source extraterrestre, déjà proposée dans l’Antiquité), et qui a créé le terme Big Bang, quoique par dérision et pour critiquer la théorie du même nom puisqu’il n’y croyait pas, a également écrit sous le nom de Fred Hoyle des romans de science-fiction, soit seul, soit avec son fils Geoffrey ou avec John Elliott – et je les ai tous lus. Le premier de ces romans, Le nuage noir, a même servi d’emblème aux savants réunis dans le groupe qui s’est baptisé « La gnose de Princeton », nouveau courant religieux ET scientifique (voir le livre de Raymond Ruyer portant ce titre et paru en 1974). Mais il y eut aussi Isaac Asimov, illustre vulgarisateur, et Arthur C. Clarke, l’auteur de la nouvelle La sentinelle qui fut à l’origine du scénario de 2001, Odyssée de l’espace, roman qu’il rédigeait dans une chambre d’hôtel de Londres pendant que Kubrick faisait le film qu’il en tirait.

Or Clarke, qui avait été aviateur et spécialiste du radar AVANT d’être diplômé, a écrit une quarantaine de romans basés sur la science, dont l’un des tout premiers, Prelude to Space, a été publié dès 1951 et traduit en français chez Fleuve Noir – l’éditeur de San-Antonio. Il y détaille le principe du fonctionnement des satellites artificiels géostationnaires, dont il avait eu l’idée en 1945 pour un article de journal.

Je résume : les ondes ultra-courtes du radar et de la télévision voyagent en ligne droite, si bien qu’une station ne peut envoyer ses ondes au-delà de l’horizon visible. Des relais aéroportés avaient bien été construits pour tourner la difficulté, mais on comprit que la solution idéale ne serait trouvée que lorsque des stations répétitrices seraient installées à des milliers de kilomètres au-dessus du globe, sur des satellites artificiels évoluant sur des orbites de vingt-quatre heures – voir plus loin –, de telle sorte qu’ils sembleraient immobiles dans le ciel. En effet, pour qu’un objet reste sur la même orbite comme le fait la Lune, il faut lui donner une vitesse suffisante qui compense la force de la pesanteur par la force centrifuge, et plus ce corps est proche de la Terre, plus il doit tourner vite, par exemple huit kilomètres par seconde s’il se trouve à la limite de l’atmosphère. Il accomplit alors un cercle parfait. Mais si on augmente sa vitesse, par exemple dix kilomètres par seconde, sa trajectoire devient une ellipse, de plus en plus allongée à mesure que sa vitesse augmente. Mais au-delà de onze kilomètres par seconde, cette ellipse devient une parabole, et l’objet échappe à la Terre.

Les satellites géostationnaires ont une vitesse de navigation calculée pour qu’ils décrivent un cercle et que la durée de leur révolution soit égale au jour terrestre, si bien qu’ils semblent immobiles au-dessus de nous. Et donc, ils peuvent servir de relais aux ondes de radio-télévision... et aux téléphones. Sans eux, nous n’aurions ni radio, ni télévision, ni téléphones.

Pas mal, pour un littérateur « mineur » !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

kotec 18/06/2016 18:35

Lisant presque tous vos billets, je sais que vous êtes un grand ventilateur de sports télévisés.
Pour vous aider à supporter les semaines qui viennent , remplies de JO, de football et de Tour de France, voici les 34 numéros de "Fiction" qui sont apparus sur un de mes disques.
Bonne lecture.
c'est là: https://drive.google.com/open?id=0B-h58dK3C7veS2VlWXNSU2t5SGc

Yves-André Samère 18/06/2016 18:48

Amateur de sports, moi ? Arrêtez, je vais vomir ! Et merci pour les numéros de « Fiction », j’adore ça.

kotec 18/06/2016 12:08

En fait, c'était dans la revus "Fiction" n° 11. Un démon malicieux les a copiés sur mon disque . Etonnifiant , non ?
C'est là: https://drive.google.com/open?id=0B-h58dK3C7veVWwzbnlLNGhfYkU
j'ai les autres N° si besoin. Bonne lecture

Yves-André Samère 18/06/2016 17:34

J’ai lu la nouvelle « A logic named Joe ». Étonnant, et plein d’humour très peu féministe !

Yves-André Samère 18/06/2016 12:22

Merci, j’y cours ! Je connais « Fiction », j’avais quelques numéros.

kotec 16/06/2016 23:59

Et que dire de la nouvelle de Murray Leinster, "A logic named Joe" qui décrit un genre d'internet en 1946.
Je l'ai lue dans la revue "Galaxie", il y a bien longtemps, si ma mémoire est bonne.

Yves-André Samère 17/06/2016 07:31

Je ne connais pas, mais je vais chercher.