Cyrano : 3. sa famille

Publié le par Yves-André Samère

Dans le premier numéro de ce prodigieux feuilleton sur Cyrano, j’ai rapporté que l’ancienne page de Wikipédia qui lui était consacrée mentionnait qu’il était né rue des Prouvaires, dans le quartier des Halles, à Paris, mais qu’il s’agissait d’une erreur, et qu’on reconnaît aujourd’hui qu’il est né au 2 rue Dussoubs, une maison étroite et qu’aucune plaque commémorative ne signale au passant (lors de sa naissance, elle s’appelait encore rue des Deux-Portes). Je pense que l’erreur sur la rue des Prouvaires vient de ce que les parents de Cyrano ont effectivement habité – en 1612, à l’époque de leur mariage – dans cette rue, sans numéro connu, et à deux pas de la maison natale de Molière, de trois ans plus jeune (celle-ci a été détruite, et se trouvait à l’angle des rues Saint-Honoré et Sauval). La famille déménagera ensuite, une nouvelle fois, en 1936, pour aller vivre dans le quartier Saint-Séverin, actuellement le cinquième arrondissement de Paris.

Son père, qui mourut en 1648, s’appelait Abel de Cyrano, il était écuyer et seigneur de Mauvières, de petite noblesse par conséquent, et sa mère, Espérance Bellanger. Notre personnage, qui se prénommait Savinien et qui était le quatrième fils du couple, fut baptisé à l’église Saint-Sauveur le 6 mars 1619, car ses parents avaient déménagé en 1618 pour le quartier voisin. Son grand-père, qui portait le même prénom, fut secrétaire du roi Charles IX en 1570, et auditeur de la chambre des comptes de Paris en 1573. Ainsi, Savinien était bien parisien, il le mentionne d’ailleurs dans son Voyage à la Lune !

Savinien reçut une éducation classique et rapide, par un prêtre de campagne, dont il eut horreur et qui le rendit athée, ce qui, somme toute, était un service. Puis, âgé de dix ans, il revint à Paris avec l’autorisation de son père, et poursuivit ses études sur les bancs du collège de Beauvais, non pas à Beauvais, mais toujours à Paris, rue Saint-Jean-de-Beauvais – aujourd’hui rue Jean-de-Beauvais, proche de la Sorbonne. Puis, en 1640, alors qu’il avait dix-neuf ans, sur le conseil et l’exemple de son ami Le Bret, il s’engagea dans les cadets du régiment des Gardes, et fut admis dans la compagnie commandée par Carbon de Castel-Jaloux, presque entièrement composée de Gascons. Et de là vient la légende de Cyrano gascon, alors que jamais il ne s’est rendu en Gascogne ! Mais, devenu militaire, il prit Bergerac comme nom de guerre, et signa désormais ses écrits « Cyrano Bergerac ». Du reste, ses origines paternelles étaient plus probablement bretonnes, car il a existé des fiefs du nom de Bergerac en Bretagne. Mais la seigneurie de Mauvières, qui appartenait à son père et ne s’appelait pas Bergerac, était située dans la vallée de Chevreuse, près de Paris. Elle fut revendue en 1636.

Sa fratrie ? Quatre frères et une sœur : Denis, né en mars 1614, Antoine, né en février 1616, Honoré, né en juillet 1617, Abel II, né vers 1624, donc plus jeune que Savinien, et Catherine, dont on ignore la date de naissance, et dont ne sait pas vraiment, faute de documentation, si elle était sa sœur ou sa tante – celle qui deviendra prieure du couvent des Filles-de-la-Croix, fondé en août 1641 au 86 rue de Charonne, et qui, lorsqu’il mourut, réclama sa dépouille mortelle pour l’ensevelir sous les dalles de l’église du couvent (ce couvent fut supprimé en 1790, et démoli en 1906).

Il y avait aussi cette cousine, Madeleine Robineau, dont Rostand fit « Magdeleine Robin », dite Roxane, et dont je parlerai dans une autre notule.

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