Richard III, un assassin ? Non !

Publié le par Yves-André Samère

Dans le numéro de « Marianne » actuellement en vente, on trouve en page 12 un article d’Hervé Nathan intitulé Les arnaqueurs, sujet vedette de l’hebdomadaire pour cette semaine, lequel taille un costard, non pas à Emmanuel Macron, lui-même très soucieux de ses costumes, mais à José Manuel Barroso, Lionel Messi, Serge Dassault, Pierre Gattaz, Tony Blair, Patrick Kron et Nigel Farage. Or cet article commence ainsi : « Il y a, dans la longue histoire européenne, quelques figures d’arnaqueurs, de salopards, de menteurs invétérés. Le roi d’Angleterre Richard III en est l’archétype ».

J’adore quand un journaliste, qui s’adresse à quelques centaines de milliers de lecteurs, se plante aussi royalement, c’est le cas de le dire, en étalant son ignorance de ce dont il parle. Je ne connais pas cet Hervé Nathan, mais il eût mieux fait de se renseigner avant d’écrire une aussi énorme bourde.

Il ignore en effet que Richard III ne passe plus du tout pour l’assassin d’Edward et Richard, les deux enfants de son frère défunt, le roi Edward IV, enfants incarcérés à la Tour de Londres, et dont, en fait, on ne sait pas très bien ce qu’ils sont devenus. La pseudo-vérité a été imposée par la pièce de Shakespeare, qui en fait un monstre abominable (et difforme, ce qui est très exagéré, il souffrait simplement d’une scoliose), et prétend que ledit monstre a eu besoin de faire disparaître l’héritier légitime de la couronne afin de pouvoir monter lui-même sur le trône.

La vérité est tout autre : Richard n’avait nul besoin d’éliminer son neveu, car celui-ci était illégitime, Edward IV l’ayant eu d’une union bigame ! D’autre part, Richard était déjà roi quand ces évènements se sont produits. En fait, Shakespeare, qui n’a pas connu cette époque, s’est inspiré des écrits de Thomas More, qui a lui-même très peu connu tout cela, puisqu’il avait sept ans à la mort de Richard III.

Le corps de Richard III a été retrouvé en août 2012 (sous un parking de Londres !), et a été inhumé en grande pompe le 26 mars 2015, dans une cathédrale.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 17/07/2016 13:41

Il aurait dû dire "le Richard III de Shakespeare", là, ça passe. Mais c'est comme pour Cyrano de Bergerac, n'est-ce pas, entre la fiction et la réalité...

Yves-André Samère 17/07/2016 14:12

Eh oui. Mais le public fait rarement la différence entre fiction et réalité. Il croit bien que Jeanne d’Arc était une humble bergère gardant les moutons, que Christophe Colomb a découvert l’Amérique, que Charlemagne a inventé l’école, ou que Napoléon adorait la Corse.