Butor mort deux fois

Publié le par Yves-André Samère

On nous a donc annoncé aux aurores la mort, à 89 ans, de l’écrivain Michel Butor, et cela a été une belle occasion... de rigolade. Comme on a bien fait de remplacer Fleur Pellerin, qui l’a précédée au poste de ministre de la Culture et ne savait ni lire ni allumer les appareils électroniques de son propre bureau (vu au Petit Journal), par Audrey Azoulay ! Cette dernière est connue pour ne jamais prendre la parole, et elle eût été bien inspirée de garder cette ligne de conduite, puisque, afin de rendre hommage à l’écrivain défunt, elle s’est trompée dans son pieux communiqué, en citant un livre de lui qui n’existe pas. Butor avait publié La modification, et elle a parlé de « La consolidation ».

À mon avis, il va falloir consolider aussi les méthodes de recrutement des ministres. Voire du président de la République, le dernier n’ayant pas la main très heureuse, autant dans le choix de ses ministres et autres domestiques, (Macron, Royal, Montebourg, Hamon, Arif, Cahuzac, Batho, Thévenoud, Benguigui, Filipetti, Duflot, Morelle), que de ses maîtresses. Quoique, soyons juste, lui ne les pousse pas au suicide comme Mitterrand. Vous voyez qu'il y a du bon chez lui.

Vous noterez aussi que je ne passe pas la brosse à reluire sur la dépouille de Butor. Pas parce que j’en suis un, mais parce que le Nouveau Roman dont il a été l’un des chantres était pour moi une imposture. Procédé de narration, écrire vous à la place de il ou elle. Ainsi, la première phrase de La modification, livre de 1957 que j’ai téléchargé ce matin : « Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant ». C’est ÇA, le génie littéraire ? Au bout de quelques années, le public s’en est désintéressé, et il a eu bien raison, à mon avis. Je n’explique pas davantage, on vous a détaillé tout ça ce matin à la radio, et je ne suis pas l’écho du Grand Canyon.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 25/08/2016 19:20

Je fuis ces afféteries de langage, comme "la disparition" de Pérec (qui a écrit par ailleurs un livre magistral, "la vie mode d'emploi"). Je ne connais pas Butor, et tout ce qui est "nouveau roman" me fait un peu peur, j'avoue.

DOMINIQUE 26/08/2016 09:43

Il n'y a strictement aucun mal ! Juste que ce genre d'exercice n'est pas trop à mon goût.

Yves-André Samère 26/08/2016 08:44

Mais un auteur reconnu et confirmé peut avoir envie de s’amuser. Où est le mal ?

DOMINIQUE 26/08/2016 08:27

Justement, pour moi (mais cela n'engage que moi bien sûr) la littérature n'est pas de montrer sa virtuosité, comme si un contre-ut faisait une bonne cantatrice, mais plutôt d'écrire un contenu qui, selon les genres, émeut, instruit, ouvre l'esprit, étonne, etc... Cela passe bien entendu par la langue qui doit être finement maîtrisée.

Yves-André Samère 25/08/2016 23:57

J’ai bien aimé ces deux livres, et quelques autres. Le premier est surtout un défi, que Perec s’est lancé à lui-même. Après tout, l’Oulipo, c’était ça, accomplir des exploits.

Il y a eu d’autres bêtises que le Nouveau Roman, en matière de littérature, et pas piquées des vers. J’en dirai peut-être quelques mots.