Dangerosité des femmes battues

Publié le par Yves-André Samère

On a su hier soir que la malheureuse Jacqueline Sauvage pourrait peut-être sortir de prison aujourd’hui. La pauvre femme, battue pendant quarante-sept ans par un mari violent (et violeur, il s’en prenait à ses filles), avait fini par le flinguer. Toujours compréhensifs, les juges lui avaient collé une rallonge de ses souffrances en lui infligeant dix ans de réclusion.

Le peuple français n’avait pas apprécié, avait réclamé par voix de pétition – quatre cent mille signatures –  qu’on la libère (j’ajouterai, à titre personnel, qu’on devrait lui donner la Légion d’Honneur et lui réserver pour plus tard une place au Panthéon), et François Hollande, toujours aussi radical, lui avait accordé une grâce partielle, autrement dit, une réduction de la durée de son enfer en taule. C’est fou ce qu’il aime se mouiller, Hollande.

Il faut dire que, du côté du procureur, une femme, on a fait preuve d’un peu d’intelligence, que le Parquet est d’avis qu’on la libère, et fera appel si on ne le fait pas. Néanmoins, l’avocat général, qui est pourtant du même côté, juge que « la légitime défense n’est absolument pas soutenable », ce qui, au sens strict, est exact puisque la condamnée a tué son mari à un moment où, par extraordinaire, il n’était pas en train de la passer à tabac. Mais enfin, c’est du pinaillage spécieux et bureaucratique.

Il n’est pas le seul : on a trouvé une « commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté », où siègent notamment le préfet du département et un bâtonnier, pour émettre un avis défavorable à sa libération et réclamer une évaluation de sa « dangerosité ». Et la dangerosité des commissions bidons, on l’évalue à combien ?

Tout de même, on relève ce détail que je trouve curieux : en France, le bâtonnier est le représentant des avocats d’une circonscription, le « barreau ». Il est donc chargé de les défendre. Par conséquent, que fait un bâtonnier dans le camp adverse ? Faut-il comprendre que les avocats de Jacqueline Sauvage sont partisans de la garder en prison ?

Par chance, l’avis de ces nostalgiques du juge Burgaud n’a pas force de loi : on les consulte, et c’est bien suffisant.

 

NB : dernière minute, la Justice française s’est à nouveau couverte de gloire, et sa commission bidon refuse la mise en liberté. La liste des bourdes judiciaires s’allonge comme le nez de Pinocchio. Bientôt, on en fera un viaduc.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 12/08/2016 13:33

Résultat de ces guerres de chapelles, elle n'est pas libérée n'ayant pas encore fini le travail psychologique qui la ferait réaliser la gravité de son acte. En gros, ils ont trouvé ce prétexte à la noix pour s'opposer à sa libération. Avocates et proc' vont faire appel.
C'est honteux. La Justice n'aimerait pas que le commun des mortels lui force la main. Feraient bien de balayer devant leur porte, et de penser très très fort à Outrau, et au comportement exemplaire du juge d'instruction.

Yves-André Samère 12/08/2016 19:20

Outrau, j’y ai pensé immédiatement. Je complète mon article, car il y a le détail curieux du bâtonnier.