Georges Perec

Publié le par Yves-André Samère

Comme tout le monde, j’ai connu Georges Perec grâce à son roman La vie mode d’emploi. Il y faisait visiter de fond en comble un immeuble de huit étages d’une rue imaginaire de Paris. En 99 chapitres (il y avait un plan et plusieurs index à la fin), on apprenait tout sur les résidents, évidemment fictifs, et sur les thèmes favoris de l’auteur, comme les puzzles. Signalons que le genre du livre, mentionné sur la couverture, n’était pas Roman, mais Romans. Pour connaître Perec, mieux vaut commencer par ce livre, comme je l’ai fait, et vous ne le lâcherez probablement pas.

Mais j’ai aussi lu La disparition, « 53 jours », Les revenentes, W ou le souvenir d’enfance, Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? et Un cabinet d’amateur. Je conseille « 53 jours » – les guillemets font partie du titre, car c’est un titre citant un titre ! – si on n’a pas beaucoup de temps. Il est resté inachevé et a été publié après la mort de l’auteur, en 1989. Je l’ai lu deux fois, et c’est passionnant.

Revenons à deux romans particulier, La disparition et Les revenentes. Il faut se souvenir que Perec faisait partie de l’Oulipo (OUvroir de LIttérature Potentielle), un club de joyeux drilles qui se lançaient à eux-mêmes des défis absurdes, et réunissant des écrivains (Perec lui-même, Raymond Queneau, Italo Calvino), mais aussi des poètes et des « compositeurs de mathématiques » (sic). Ce groupe existe toujours, et, je cite, « On devient membre de l’Oulipo par cooptation. Un nouveau membre doit être élu à l’unanimité, à la condition de ne jamais avoir demandé à faire partie de l’Oulipo. Chaque “coopté”» est évidemment libre de refuser d’y entrer (son refus est dès lors définitif), mais une fois élu, il ne peut en démissionner qu’en se suicidant devant huissier. Les membres restent oulipiens même après leur décès : ils sont alors, selon la formule consacrée, “excusés pour cause de décès” ». Ça donne envie, non ?

Bref, La disparition est un roman de trois cents pages, dont le titre se justifie doublement : il traite de la disparition d’un personnage, et... il ne comporte jamais la lettre E, qui a donc « disparu » ! Un véritable exploit humoristique, bien que le style soit apparemment sérieux. Hélas, Perec a voulu renouveler cet exploit en écrivant un autre roman dans lequel il ferait disparaître TOUTES les voyelles sauf la lettre E. Une sorte de négatif du livre précédent, par conséquent. Entreprise impossible, sauf à commettre d’innombrables fautes d’orthographe, dont celle contenue dans le titre, Les revenentes !

Vous allez me dire qu’en publiant La disparition, Perec enfreignait sa propre règle, puisque son nom comprend quatre fois la lettre E... Faute de pouvoir éviter ce petit inconvénient (ou de changer de nom), il choisit de faire imprimer son nom en rouge sur la couverture. Montrer les choses pour les cacher, Perec avait certainement lu La lettre volée, nouvelle d’Edgar Allan Poe.

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