L’astronomie pour les nuls

Publié le par Yves-André Samère

Je viens de terminer, dans sa traduction française, Prélude à l’espace, le premier roman d’Arthur Charles Clarke, Prelude to space, publié en 1951 en France par les éditions Fleuve Noir, dans la collection Anticipation. Ce n’est pas, comme on le croit souvent, de la science-fiction, attendu que Clarke, qui était un vrai scientifique, ne donnait pas dans les soucoupes volantes et les rayons laser tueurs (sans S à laser, s’il vous plaît, il s’agit de rayons produits par UN laser !) ; qu’il avait collaboré à l’invention du radar ; et qu’il a eu l’idée des satellites géostationnaires, sans lesquels nous n’aurions ni télécommunication, ni cartographie digne de ce nom, ni météorologie. Soit dit en passant, Clarke se montrait consterné que tant de gens croient que le vingt-et-unième siècle commence en 2000, alors qu’il débute en 2001 – d’où le titre du film dont je parle à présent !

Naturellement, chacun sait qu’il est l’auteur du scénario de 2001, l’odyssée de l’espace, le film de Stanley Kubrick, qu’il rédigea en 58 jours, en même temps que Kubrick tournait son film : lui, dans une chambre d’hôtel de Londres, écrivait les péripéties, pendant que le second s’occupait des prises de vue et de la technique aux studios Shepperton. Inutile de s’étendre, tout le monde connaît.

Mais laissons tout cela, et risquons une hypothèse : Clarke était aussi un humoriste. Du roman dont je parlais au début, j’isole ce passage sur les astronomes, dont il affirme qu’ils se partagent en deux catégories :

- la première catégorie est celle « des nocturnes qui passent leurs heures de travail à prendre des photos d’étoiles si lointaines qu’elles n’existent probablement plus. Ils ne s’intéressent pas au Système Solaire, qu’ils considèrent comme un accident très bizarre et presque inexcusable. Pendant la journée, on peut les voir en train de dormir sous de grandes pierres dans des endroits secs et bien chauds » ;

- la seconde catégorie groupe ceux qui « travaillent à des heures plus normales et vivent dans des bureaux remplis de machines à calculer et de jeunes secrétaires, ce qui les retarde pas mal. Néanmoins, ils s’arrangent pour produire des kilos de papier couverts de [formules] mathématiques à propos des étoiles  – probablement inexistantes  – photographiées par leurs collègues, avec lesquels ils communiquent par des petites notes laissées aux bons soins du gardien de nuit ».

Il concluait en affirmant que les membres de deux catégories « possèdent une particularité commune : on ne les surprend jamais, sauf au cours de moments d’aberration mentale extrême, à regarder effectivement dans l’oculaire de leurs télescopes. Toutefois ils obtiennent de très bonnes photographies ».

La plupart des savants savent rire de leur travail (voyez Einstein tirant la langue). Quoique j’aie un doute pour Marie Curie. Et je me demande ce qu’il aurait dit des hommes politiques.

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