Rosebud

Publié le par Yves-André Samère

Nul doute que vous connaissiez aussi bien Le faucon maltais, film de John Huston, que Citizen Kane, premier long métrage « officiel » d’Orson Welles (il en avait fait un autre trois ans auparavant, Too much Johnson, jamais terminé, jamais sorti, et deux courts métrages), et le seul qu’il a maîtrisé de bout en bout sans le voir massacré par les studios. Or ces deux films tournaient chacun autour d’un objet mythique, une statuette d’oiseau noir pour le premier (c’est le seul que j’ai pu voir « en vrai » et de très près dans une exposition), une luge d’enfant pour le second. Au fait, cet objet-ci, je vous en parle plus loin, bien que cela me gêne un peu. Mais je me force...

Bref, ces deux objets ont été vendus aux enchères, et le faucon a écrasé la luge, ce qui se voit rarement dans la nature ! Il a été adjugé pour 398 500 dollars, alors que la luge a été laissée pour seulement 233 500 dollars. Je n’en tire aucune conclusion.

Mais, comme annoncé plus haut, vous savez que cette luge s’appelait Rosebud, que son nom a été le dernier que prononça Kane au moment d’expirer, qu’elle avait appartenu à Kane enfant, et qu’un journaliste, tout au long du film, enquête pour tâcher d’apprendre ce que ce mot désignait – en vain. Le secret, connu de personne, est révélé au spectateur du film dans la dernière scène, quand un manutentionnaire jette l’objet dans une chaudière et qu’on le voit brûler : le nom est peint dessus et s’efface lentement.

Eh bien, Welles et son scénariste Herman J. Mankiewicz , frère du réalisateur prénommé Joseph, n’avaient pas inventé ce nom, mais il ne désignait pas une luge, dans la réalité ! C’était le surnom que William Randolph Hearst, magnat de la presse, avait donné à... au... disons : à un endroit intime du corps de sa maîtresse, l’actrice Marion Davies, objet avec lequel il aimait se distraire, et qui lui évoquait un bouton de rose, paraît-il. L’étrange étant que tout Hollywood connaissait ce détail, malicieusement inclus par Welles et Mankiewicz dans leur film pour se payer la tête de Hearst, puisque le film est une biographie déguisée.

Évidemment, le richissime Hearst n’apprécia pas que le surnom de l’objet fût le premier mot du dialogue, et ne réclama pas de droits d’auteur. Mais, s’il tenta de saboter la carrière du film, il n’alla pas en justice. Au moins, il ne provoqua pas d’effet Streisand par anticipation !

Une autre fois, je vous raconterai pourquoi Clark Gable a fait renvoyer George Cukor de la réalisation d’Autant en emporte le vent. C’est aussi d’ordre sexuel, et pas franchement reluisant non plus. Ah, Hollywood, quelle cité de rêve(s)...

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