Amant-copain

Publié le par Yves-André Samère

Notre époque sombre dans la violence, mais nous compensons en multipliant les euphémismes, le plus souvent hypocrites et ridicules. Les infirmes sont devenus des personnes à mobilité réduite ; les chômeurs sont des demandeurs d’emploi ; les aveugles sont des malvoyants ; les concierges sont des gardiens d’immeubles ; les vieillards sont des personnes du troisième âge ; les Noirs sont des personnes de couleur ; les femmes de ménage sont à présent des techniciennes de surface ; les Arabes se qualifient eux-mêmes de beurs ; les chefs du personnel sont des directeurs des ressources humaines ; et les amants sont devenus de simples copains. Seuls les policiers sont restés des flics, et les gardiens de prison, des matons.

Restons sur le cas du tandem amant-maîtresse, et tâchons de comprendre cette métamorphose. Les termes amant et maîtresse (ou amante) n’ont pas toujours eu cette connotation sexuelle qu’ils possèdent aujourd’hui : au temps de Molière, ils signifiaient « qui aime et qui est aimé ». Ainsi, dans la liste des personnages de L’avare, on peut lire que « Cléante, fils d’Harpagon, [est] amant de Mariane » et que « Mariane [est] amante de Cléante », et il en est de même du couple formé par Élise et Valère. Sans que les uns et les autres aient vécu dans le péché, au risque de brûler pour l’éternité dans les flammes de l’enfer.

Pourquoi ce tour de passe-passe sémantique ? À mon avis, à cause du vaudeville des siècles suivants et du gag sempiternel de « l’amant dans le placard » ! Comme la notion est un peu ridicule, et que les expressions petit ami et petite amie, moins précis, s’avéraient néanmoins un peu trop mièvres, on a gommé les termes litigieux, au profit de mots bien propres, sans risque, et qui ne « choquent » plus autant. Après tout, Avoir un bon copain, même Henri Garat l’a vanté.

Au fond, c’est ça, l’essentiel : il ne faut pas choquer ! Je le dis toujours...

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

DOMINIQUE 25/09/2016 12:23

C'est délicieux "amant" et "amante" pris dans le sens du XVIIIème siècle !
Ah, dans le genre idiot il y a aussi "les personnes atteintes d'un handicap" à la place de "handicapés". L'autre jour sur Inter, Patricia Martin, face à un ponte d'une association concernant les handicapés, a maintenu tout du long le mot "handicapés" alors que le ponte nous bassinait avec "les personnes atteintes d'un handicap". On sentait qu'elle l'agaçait, mais elle, avec raison, a tenu bon.

Yves-André Samère 25/09/2016 12:44

Bien vrai. Après tout, on peut avoir un handicap au golf sans être malade ! Et je prépare un petit billet sur « lutter contre la maladie », autre cliché absurde.